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VCF, la facture qui fait réfléchir : et si les ETI européennes sautaient enfin le pas ?

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# VCF, la facture qui fait réfléchir : et si les ETI européennes sautaient enfin le pas ?

Il y a quelque chose d'étrangement libérateur dans une mauvaise surprise tarifaire. Depuis que Broadcom a restructuré l'offre VMware — avalant vSphere Standard dans une logique de bundle VCF qui ne dit pas toujours son nom —, les DSI de PME et d'ETI européennes vivent une expérience rare : celle d'une rupture de contrat psychologique assez brutale pour déclencher une vraie remise en question.

Je ne vais pas pleurer sur le sort de VMware vSphere Standard. Ce qui m'intéresse, c'est ce que cette séquence révèle — et ce qu'elle rend possible.

Le modèle qui se referme

Pendant des années, vSphere Standard a joué un rôle précis dans le SI des ETI européennes : une couche de virtualisation robuste, connue, pilotable sans armée d'ingénieurs. Un produit qu'on achetait, qu'on maintenait, qu'on comprenait. La prévisibilité budgétaire était là.

Ce temps est révolu. La stratégie de Broadcom depuis le rachat de VMware est lisible pour qui veut bien l'admettre : pousser vers des bundles plus larges, plus chers, moins modulaires. VCF — VMware Cloud Foundation — est techniquement cohérent. Mais pour une ETI de deux cents salariés avec une équipe IT de trois personnes, c'est souvent surdimensionné, et surtout, c'est un engagement financier d'une toute autre nature.

Je ne suis pas en train de dire que VCF est un mauvais produit. Je dis que son modèle économique n'a pas été conçu pour les PME et ETI européennes. Il a été conçu pour extraire davantage de valeur d'un parc client existant. Ce n'est pas un jugement moral — c'est une lecture de la mécanique capitalistique à l'œuvre. Et cette lecture, les responsables IT européens feraient bien de l'intégrer dans leur analyse de risque fournisseur.

Le vrai problème n'est pas le prix, c'est la dépendance

On parle beaucoup de l'impact budgétaire — et il est réel. Mais je pense que réduire ce sujet à une question de coût, c'est passer à côté de l'essentiel.

Le vrai problème, c'est que des pans entiers de l'infrastructure de PME et ETI européennes sont construits sur une pile dont ni le prix, ni les conditions d'évolution, ni les modalités de sortie ne sont maîtrisés côté client. Quand un acteur américain décide de restructurer son offre, les équipes IT européennes apprennent la nouvelle en même temps que le reste du monde — et elles n'ont, la plupart du temps, aucun levier de négociation réel.

C'est ça, la dépendance. Pas le fait d'utiliser un produit étranger. Le fait de ne plus pouvoir anticiper ni négocier.

Et cette dépendance-là a un coût systémique qu'aucune ligne budgétaire ne capture vraiment : le coût de la réactivité forcée, de la migration précipitée, des décisions d'architecture prises sous contrainte tarifaire plutôt que sous contrainte technique.

La fenêtre qui s'ouvre

Mais — et c'est là où je veux en venir — cette séquence VMware/Broadcom a aussi produit quelque chose d'utile : elle a forcé des conversations qui n'avaient pas lieu.

J'ai échangé ces derniers mois avec des DSI d'ETI industrielles, de groupes de distribution régionaux, de cabinets de services. Ce que j'entends systématiquement : *« On savait qu'il faudrait migrer un jour, mais on n'avait pas de déclencheur. Là, on a le déclencheur. »*

C'est presque cynique à dire, mais la brutalité de la recomposition tarifaire chez certains acteurs américains est en train de faire ce que les discours sur la souveraineté numérique n'ont pas réussi à faire en cinq ans : mettre la question de l'alternative sur la table du COMEX.

Des acteurs européens de la virtualisation et de l'infrastructure existent. Ils ne font pas les mêmes volumes, ils n'ont pas les mêmes budgets marketing, et pendant longtemps, le différentiel de maturité perçue suffisait à clore le débat avant qu'il commence. Ce différentiel réel s'est réduit. La pression concurrentielle sur ces acteurs européens — précisément parce que la demande monte — les a poussés à accélérer. La dynamique est là.

Je pense notamment à des acteurs comme Proxmox, dont la base installée européenne a significativement progressé depuis 2024, ou à des offres d'infogérance construites sur des hyperviseurs ouverts par des opérateurs dont les datacenters sont soumis au droit européen. Ce ne sont pas des solutions parfaites. Ce sont des solutions viables — ce qui est différent, et suffisant pour commencer.

Ce que ça demande concrètement aux équipes IT

Soyons honnêtes : migrer une infrastructure de virtualisation n'est pas anodin. Il faut du temps, de la compétence, une gestion du risque opérationnel sérieuse. Je ne prêche pas la migration précipitée. Je prêche la décision réfléchie, prise maintenant, plutôt que la non-décision qui devient urgence dans dix-huit mois.

Ce que ça demande concrètement ? Un audit honnête de ce qu'on utilise vraiment dans vSphere Standard aujourd'hui. Une cartographie des workloads qui peuvent migrer sans douleur — il y en a toujours plus qu'on ne le croit. Et une conversation avec des intégrateurs européens qui ont déjà accompagné cette transition.

Le budget que libère une sortie partielle ou totale d'un environnement VMware sous pression tarifaire peut financer la migration elle-même, avec du reste. C'est un calcul que j'encourage chaque DSI à faire, chiffres en main, plutôt que de le remettre à plus tard.

Il faut arrêter d'attendre la solution parfaite

La souveraineté numérique européenne ne se construira pas dans un grand soir technologique. Elle se construira décision après décision, appel d'offres après appel d'offres, renouvellement de contrat après renouvellement de contrat.

VMware vSphere Standard n'est pas une tragédie. C'est une occasion. Celle de poser enfin la question que trop d'ETI européennes ont évitée : est-ce que mon infrastructure de base est pilotable, prévisible, et souveraine ? Ou est-ce que je subis les arbitrages stratégiques d'un acteur américain coté à Wall Street, dont mes besoins ne sont pas la priorité numéro un ?

Je connais la réponse. Et je pense que de plus en plus de DSI la connaissent aussi. Ce qui manque encore, c'est le courage de l'acte qui suit.

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