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Souveraineté numérique : le DSI européen coincé entre la bonne intention et le mauvais outil

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# Souveraineté numérique : le DSI européen coincé entre la bonne intention et le mauvais outil

En 2026, le mot « souveraineté » s'est banalisé dans les comités de direction européens. Il figure dans les feuilles de route, dans les appels d'offres, parfois même dans les communiqués de presse des filiales de groupes américains — ce qui devrait, à lui seul, alerter. Mais sur le terrain, dans les équipes IT des PME et ETI européennes, la réalité est plus sèche : les stratégies de désengagement des acteurs US n'avancent pas. Ou avancent si lentement qu'elles ressemblent davantage à une posture qu'à une trajectoire.

Pourquoi ? On pourrait incriminer le manque de volonté politique, les budgets contraints, la frilosité des directions générales. Ce serait commode. Mais il y a un angle que l'on évite soigneusement dans la plupart des analyses : le problème est aussi un problème d'outillage — et donc de productivité quotidienne des équipes IT.

L'outil crée la dépendance. Pas l'inverse.

La vraie mécanique de la dépendance aux acteurs américains ne se joue pas dans les salles de conseil. Elle se joue dans les gestes répétés, chaque jour, de chaque ingénieur, administrateur système ou chef de projet IT. Quand une équipe de douze personnes a structuré ses workflows autour d'une suite collaborative américaine — gestion de tickets, documentation, visioconférence, stockage —, le coût réel de la migration n'est pas le coût de licence. C'est le coût d'apprentissage, de reconfiguration des habitudes, de perte de vitesse temporaire.

Ce coût-là, les éditeurs européens l'ont longtemps sous-estimé dans leur discours commercial. Et les DSI, sous pression de délivrer, ont fait le choix du pragmatisme à court terme. Résultat : la souveraineté reste un objectif de planning trimestriel qui se reporte indéfiniment.

La question que personne ne pose franchement : est-ce que les outils européens alternatifs sont aujourd'hui à parité d'expérience pour les équipes IT ? Pas sur toutes les fonctions. Pas encore. Et tant que cette question reste taboue — par militantisme pro-européen mal calibré ou par gêne commerciale —, on ne progresse pas.

Le vrai test : ce qui se passe à 9h le lundi matin

Un DSI qui déploie une solution souveraine doit répondre à une seule question brutale : est-ce que mes équipes peuvent travailler aussi efficacement le lendemain matin ? Pas dans six mois, après une longue courbe d'adoption. Le lendemain.

Sur la gestion de projet, la documentation collaborative ou la supervision d'infrastructure, des acteurs comme **Infomaniak** ou **Nextcloud** ont comblé une partie du fossé fonctionnel. Mais ils ne l'ont pas entièrement effacé. Et sur certains segments — l'intégration des outils d'IA dans les workflows IT notamment —, l'écart s'est même creusé ces dix-huit derniers mois, à mesure que les acteurs américains ont accéléré leurs déploiements.

Ce n'est pas une raison de capituler. C'est une raison d'être honnête sur l'état réel de la parité, et de faire des choix de migration séquencés et défendables — plutôt que des annonces stratégiques qui ne survivent pas au premier sprint.

Ce que peut faire le DSI maintenant — sans attendre

Il existe une ligne d'action concrète, sous-utilisée : la cartographie des dépendances par niveau de criticité et de substituabilité. Toutes les briques du SI ne se valent pas sur l'axe souveraineté. Certains outils manipulent des données sensibles, d'autres non. Certains sont facilement substituables à coût opérationnel raisonnable, d'autres non.

Commencer par là — sans idéologie, avec rigueur — permet d'identifier les deux ou trois migrations qui ont un impact réel sur la maîtrise du SI, sans paralyser les équipes. C'est moins spectaculaire qu'un « plan de sortie des GAFAM en 18 mois ». C'est beaucoup plus sérieux.

L'autre levier, rarement activé : impliquer les équipes IT dans le choix des alternatives, pas seulement dans leur déploiement. Quand un administrateur systèmes ou un DevOps a participé à l'évaluation d'un outil européen, son niveau d'engagement dans la migration change du tout au tout. La souveraineté devient un projet collectif, pas une contrainte venue d'en haut.

La vraie question de 2026

On peut continuer à produire des feuilles de route souverainistes qui ne se concrétisent pas. Ou on peut admettre que le blocage est en partie un problème d'expérience utilisateur IT — et travailler dessus avec méthode.

Les acteurs américains ont bâti leur domination sur la fluidité de l'expérience quotidienne. Leur répliquer avec des discours sur la régulation ou la dépendance géopolitique ne suffira pas. Il faut leur répliquer sur le même terrain : celui de l'outil qui fonctionne, qui s'intègre, qui ne ralentit pas les équipes.

Tant que ce n'est pas le cas partout, la souveraineté européenne restera ce qu'elle est trop souvent aujourd'hui : un engagement sincère, mal armé.

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