Schneider, BNP, Dassault : l'art discret de garder ses stacks hors de portée
Date Published

# Schneider, BNP, Dassault : l'art discret de garder ses stacks hors de portée
Il n'y a pas de conférence de presse. Pas de livre blanc co-signé avec un cabinet américain. Pas de communiqué célébrant un partenariat stratégique avec un hyperscaler. Ce que font Schneider Electric, BNP Paribas et Dassault Systèmes sur la question de la souveraineté de leurs systèmes d'information est précisément cela : discret, méthodique, et organisationnel avant d'être technologique.
En 2026, alors que la pression des acteurs américains sur les stacks d'entreprise n'a jamais été aussi forte — intégrations forcées, bundling agressif, dépendances API croissantes —, ces trois groupes offrent un modèle à décrypter. Non pas parce qu'ils sont exemplaires sur tous les plans, mais parce qu'ils ont résolu un problème que beaucoup de DSI de PME/ETI n'ont pas encore formulé clairement : la dépendance ne commence pas dans le contrat, elle commence dans l'organigramme.
La compétence interne comme ligne de défense
Le premier enseignement observable chez ces groupes tient à une décision de gouvernance souvent sous-estimée : conserver en interne la maîtrise des couches d'intégration. Non pas le code source de chaque brique logicielle — personne ne réinvente la roue —, mais la compréhension des flux, des dépendances et des points de bascule.
Chez Dassault Systèmes, dont la plateforme 3DEXPERIENCE est elle-même un actif souverain vendu à l'industrie mondiale, cette logique est structurante : les équipes internes qui pilotent le SI corporate ne sont pas de simples relais d'intégrateurs extérieurs. Elles ont la capacité de lire, de contester et de modifier les choix d'architecture. C'est une posture RH autant qu'une posture technique.
BNP Paribas, de son côté, a depuis plusieurs années internalisé des profils d'ingénieurs capables d'évaluer les risques de concentration chez les fournisseurs cloud. Ce n'est pas un hasard si le groupe figure parmi les établissements financiers européens les plus actifs sur les questions de portabilité des données et de réversibilité contractuelle. La réglementation DORA, entrée en application début 2025, a accéléré cette dynamique — mais les structures internes qui permettent de la respecter avaient été construites avant.
Ce que ça implique vraiment en termes de gouvernance
La question n'est pas « faut-il recruter des experts souveraineté ? » — le terme est trop vague pour être opérationnel. La vraie question est : qui, dans votre organisation, est capable de dire non à un éditeur américain lors d'une renégociation contractuelle, et avec quels arguments techniques ?
Chez Schneider Electric, la réponse passe par une cartographie fine des actifs critiques. Le groupe distingue explicitement ce qui peut être confié à un tiers — y compris américain — et ce qui doit rester sous contrôle direct, non par idéologie, mais par analyse de risque. Cette cartographie n'est pas un document statique produit par un cabinet de conseil. Elle est maintenue en vie par des équipes internes qui connaissent le SI dans ses détails opérationnels.
C'est précisément ce type de compétence — l'architecte d'entreprise capable de raisonner en termes de risque de dépendance — qui manque dans la majorité des PME/ETI européennes. Non parce que ces entreprises manquent de talent, mais parce qu'elles ont souvent externalisé cette fonction, la confiant à des intégrateurs dont les partenariats commerciaux avec les acteurs américains créent des conflits d'intérêt structurels.
Le vrai coût de l'externalisation totale
Lorsqu'une organisation ne conserve pas en interne la capacité à comprendre son propre SI, elle perd quelque chose de précis : la possibilité de changer de fournisseur sans projet de transformation majeur. La dépendance n'est alors plus contractuelle — elle est cognitive. Personne en interne ne sait suffisamment pour piloter une migration.
C'est le scénario dans lequel se trouvent aujourd'hui un nombre significatif d'ETI européennes, prisonnières non pas d'un contrat signé, mais d'une organisation qui a progressivement délégué sa mémoire technique à l'extérieur. Les grandes manœuvres des acteurs américains — hausses tarifaires, modifications unilatérales des conditions d'utilisation, intégrations forcées entre produits — trouvent face à elles des équipes IT qui n'ont plus les moyens de répondre autrement que par la conformité.
Ce que les DSI peuvent retenir
Le modèle Schneider/BNP/Dassault n'est pas reproductible à l'identique dans une PME de taille intermédiaire. Les ressources ne sont pas comparables. Mais la logique, elle, l'est.
Garder la main sur son SI critique ne demande pas nécessairement une équipe pléthorique. Cela demande au moins un profil interne capable de traduire les enjeux de dépendance en langage de risque métier — et de porter cette lecture jusqu'au COMEX. Sans cette fonction, toute stratégie de souveraineté reste un voeu pieux.
En 2026, dans un contexte où les renégociations tarifaires avec les grands éditeurs américains se multiplient et où les obligations réglementaires européennes s'accumulent, cette compétence n'est plus un luxe. C'est une condition de pilotage.
Cet article vous a été utile ?
Recevez chaque vendredi nos analyses sur les alternatives souveraines SaaS. Pas de spam.
Pas de spam. Désinscription en un clic. Données hébergées en Europe.