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Scaleway rachète Qarnot : un DSI témoigne de ce que l'autonomie HPC européenne change vraiment sur le terrain

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« On ne peut pas externaliser ce qu'on ne comprend pas » : un DSI face au rachat de Qarnot par Scaleway

*En 2026, Scaleway — filiale du groupe Iliad — a finalisé l'acquisition de Qarnot Computing, spécialiste français du calcul haute performance écoresponsable. Un mouvement qui consolide l'écosystème HPC souverain européen. Nous avons interrogé un Directeur des Systèmes d'Information d'une ETI industrielle française pour comprendre ce que ce rapprochement change, concrètement, dans son quotidien.*


RiffLab : Avant d'entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous nous rappeler ce qu'est le HPC et pourquoi ça concerne une ETI comme la vôtre ?

Bien sûr. HPC signifie *High Performance Computing*, soit le calcul à haute performance. En clair : ce sont des infrastructures capables de traiter des volumes massifs de calculs en parallèle, très rapidement. Longtemps réservé aux laboratoires de recherche ou aux grands groupes industriels, le HPC est devenu accessible aux ETI — c'est-à-dire aux entreprises de taille intermédiaire — grâce au cloud.

Chez nous, on l'utilise pour des simulations de procédés industriels, des modèles de prévision de maintenance, et depuis peu pour faire tourner des modèles d'intelligence artificielle en interne. Ce n'est pas anecdotique : ces charges de calcul touchent directement la compétitivité de l'entreprise. Quand vos simulations prennent trois heures au lieu de vingt minutes, ce n'est pas un problème informatique, c'est un problème métier.


RiffLab : Jusqu'ici, comment gériez-vous ces besoins de calcul intensif ?

Franchement ? On s'était habitués à dépendre des offres dominantes américaines. Les équipes connaissaient les interfaces, les certifications suivaient, et quand quelqu'un posait la question de la localisation des données ou de la gouvernance, on répondait avec les clauses contractuelles qu'on nous avait vendues. Ce n'est pas une critique de mes équipes — c'était le chemin de moindre résistance.

Mais en 2024, quand les discussions autour du *Cloud Act* américain ont repris de l'intensité au niveau européen, et que notre service juridique a commencé à nous poser des questions sur nos données de R&D hébergées hors UE, on a réalisé qu'on avait un angle mort. Le *Cloud Act*, pour ceux qui découvrent le terme, c'est une loi américaine qui autorise les autorités des États-Unis à accéder aux données hébergées par des entreprises américaines, y compris sur des serveurs situés en Europe. Ça change la donne quand vos données concernent de la propriété intellectuelle industrielle.


RiffLab : Qu'est-ce que le rachat de Qarnot par Scaleway change concrètement à votre situation ?

Ça change la crédibilité de l'offre souveraine. C'est le point central.

Qarnot avait une proposition technique originale : utiliser la chaleur produite par les serveurs de calcul pour chauffer des bâtiments. C'est du HPC écoresponsable, avec une architecture distribuée. Mais Qarnot restait une structure de taille modeste. Scaleway, c'est une infrastructure cloud avec des datacenters en France et en Europe, une assise financière solide via Iliad, et une présence commerciale capable d'adresser les ETI.

Concrètement, pour mon équipe, ça signifie qu'on peut envisager de migrer nos charges HPC vers une plateforme qui est à la fois souveraine — droit français, données en Europe, sans exposition au *Cloud Act* — et mature techniquement. Ce n'était pas évident il y a deux ans. L'écosystème européen était fragmenté. Là, on voit une consolidation. Ce n'est pas juste un rachat : c'est un signal que l'Europe est en train de structurer sa filière.


RiffLab : Sur le plan opérationnel, qu'est-ce que ça implique pour vos équipes IT au quotidien ?

Plusieurs choses, et je vais être direct : ce n'est pas simple à gérer.

D'abord, il y a un enjeu de compétences. Mes équipes maîtrisent des outils conçus par les acteurs américains. Migrer vers une autre plateforme, même bien conçue, implique une montée en compétences. Ce n'est pas insurmontable, mais il faut le budgéter en temps et en formation. On ne peut pas externaliser ce qu'on ne comprend pas — et c'est justement parce qu'on ne comprenait pas assez nos dépendances américaines qu'on s'y était enfermés.

Ensuite, il y a la question de l'intégration dans notre SI — notre Système d'Information. Nos pipelines de calcul étaient écrits pour fonctionner avec des API spécifiques. Il faut réécrire des connecteurs, tester la compatibilité, valider les performances. C'est du travail réel.

Mais ce que ça change positivement, c'est la clarté. Quand j'explique à ma direction générale où sont nos données de simulation et qui peut y accéder, j'ai enfin une réponse nette. C'est une valeur que je n'avais pas avant.


RiffLab : Y a-t-il un risque à se précipiter vers cette offre uniquement pour des raisons de souveraineté, sans évaluer la performance technique ?

Oui, absolument. Et c'est un piège dans lequel certains DSI tombent, poussés par une pression politique ou réglementaire légitime mais mal traduite en décision technique.

La souveraineté ne peut pas être un argument suffisant si la plateforme ne tient pas la charge. Mes équipes métier ne me pardonneraient pas des simulations qui échouent ou des temps de traitement multipliés par cinq. La crédibilité de la démarche souveraine passe par la performance.

Ce que le rapprochement Scaleway-Qarnot apporte, c'est justement une réponse à ce double critère. Qarnot a une expertise HPC reconnue. Scaleway a l'infrastructure. Ensemble, ils peuvent adresser des charges sérieuses. Mais je reste vigilant : je pilote une phase de test sur un cas d'usage réel avant tout engagement à grande échelle. C'est la règle que j'applique à n'importe quel fournisseur, souverain ou non.


RiffLab : Un dernier mot pour les DSI d'ETI qui hésitent encore à engager cette transition ?

Je leur dirais de ne pas attendre un incident pour bouger. La dépendance aux acteurs américains n'est pas un risque théorique : c'est une réalité contractuelle et juridique qui peut se matérialiser très concrètement — lors d'un audit, d'une acquisition, d'un changement de politique tarifaire, ou d'une injonction réglementaire.

La question n'est pas « est-ce que l'offre souveraine européenne est parfaite ? ». Elle ne l'est pas encore entièrement. La question est : « est-elle suffisamment mature pour mes cas d'usage prioritaires ? ». Et pour le HPC en 2026, avec ce que Scaleway et Qarnot construisent ensemble, la réponse commence à être oui pour un nombre croissant de charges de travail.

Commencez par identifier vos données les plus sensibles et vos charges les plus critiques. Cartographiez vos dépendances. Et testez. La souveraineté numérique, ce n'est pas une posture idéologique — c'est une décision de gestion des risques.


*Interview réalisée avec un DSI d'ETI industrielle française souhaitant conserver l'anonymat.*

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