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5 milliards pour ScaleUp Europe : la souveraineté numérique change enfin de braquet

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# 5 milliards pour ScaleUp Europe : la souveraineté numérique change enfin de braquet

Cinq milliards d'euros. C'est l'enveloppe que mobilise ScaleUp Europe pour accélérer l'émergence d'alternatives technologiques européennes face aux acteurs américains dominants. Sur le papier, c'est le signal le plus fort envoyé depuis des années à ceux qui, dans votre DSI, attendent encore de savoir si le pari souverainiste est sérieux. La réponse commence à ressembler à un oui — mais le diable, comme toujours, est dans les détails d'exécution.

Ce que ce financement change pour votre exposition juridique

Soyons directs : votre vrai problème n'est pas la performance des outils que vous utilisez. C'est leur nationalité juridique.

Le Cloud Act américain n'a pas changé de nature. Il autorise toujours les autorités fédérales américaines à exiger l'accès aux données hébergées par tout prestataire soumis au droit américain — y compris quand ces données sont physiquement stockées sur des serveurs européens. Ce n'est pas une théorie, c'est une réalité opérationnelle que NIS2 et DORA ont désormais intégrée dans leur cadre d'analyse des risques tiers.

NIS2, entrée en vigueur dans la majorité des États membres, impose une cartographie rigoureuse de vos dépendances critiques. DORA, qui s'applique au secteur financier depuis début 2025, va plus loin : elle exige une contractualisation explicite sur la résilience et la localisation des données, avec des obligations de reporting en cas d'incident impliquant un prestataire tiers. Dans les deux cas, utiliser un acteur américain non qualifié comme fournisseur de services critiques crée une zone de risque documentée — pas seulement théorique.

C'est exactement là que ScaleUp Europe peut changer la donne. Non pas parce que l'argent résout le problème juridique américain, mais parce qu'il accélère l'émergence d'alternatives européennes capables de répondre aux exigences de qualification — notamment le référentiel SecNumCloud de l'ANSSI, qui reste à ce jour le seul verrou sérieux contre l'extraterritorialité américaine en matière d'hébergement souverain.

Le vrai test : la maturité des alternatives

La critique légitime que tout DSI doit formuler face à ce type d'annonce, c'est celle de la maturité. Avoir du capital, c'est bien. Avoir des solutions prêtes à entrer dans un SI de PME/ETI en production, c'est autre chose.

Deux signaux concrets méritent votre attention en 2026. Première : Outscale, la branche cloud souverain de Dassault Systèmes, a consolidé son positionnement sur les workloads sensibles avec une offre qualifiée SecNumCloud — ce qui lui permet de répondre aux exigences NIS2 sur les opérateurs d'importance vitale sans contournement juridique. Ce n'est pas une alternative de confort, c'est une alternative de conformité.

Deuxième signal : Tixeo, acteur européen de la visioconférence sécurisée, incarne un modèle que ScaleUp Europe devrait multiplier — une solution certifiée, conçue dès la conception pour éviter toute dépendance à une infrastructure américaine, avec une architecture qui résiste structurellement aux demandes d'accès extraterritoriales. Ce n'est pas le même niveau de fonctionnalités que l'acteur américain dominant. C'est délibéré. Et c'est précisément ce que NIS2 valorise.

Le financement ScaleUp Europe a du sens s'il permet à davantage d'acteurs de ce type d'atteindre la masse critique nécessaire pour être crédibles dans vos appels d'offres.

Ce que vous devez faire maintenant — pas dans six mois

L'erreur serait d'attendre que l'écosystème soit parfait pour commencer à bouger. Il ne le sera jamais au moment où vous attendez.

Première action concrète : auditez dès maintenant votre cartographie de dépendances selon le prisme NIS2/DORA. Identifiez les briques de votre SI qui traitent des données à caractère personnel, des données métier critiques ou des données de santé, et mappez-les contre la nationalité juridique de leurs fournisseurs. Ce travail est obligatoire réglementairement. Autant qu'il devienne aussi votre boussole stratégique.

Deuxième action : intégrez le critère de qualification souveraine dans vos critères de sélection fournisseurs dès le prochain cycle d'achat. Pas comme un critère éliminatoire absolu — soyons réalistes — mais comme un critère pondéré qui crée une pression documentée en interne et en externe.

Troisième action : suivez les appels à projets qui découleront de ScaleUp Europe. Les financements de cette envergure génèrent des programmes d'accompagnement pour les entreprises utilisatrices, pas seulement pour les éditeurs. Votre DSI a un rôle à jouer pour orienter ces fonds vers des cas d'usage réels, pas vers des démos de salons.

Le fond du problème reste politique

Cinq milliards, c'est significatif. C'est aussi bien en deçà de ce que les acteurs américains investissent chaque trimestre dans leurs infrastructures cloud. La souveraineté numérique européenne ne se gagnera pas par un seul programme de financement — elle se construira par l'accumulation de décisions d'achat, de qualifications réglementaires et d'exigences contractuelles portées par des DSI qui ont compris que leur exposition juridique est aussi un risque opérationnel.

Vous êtes en première ligne. ScaleUp Europe vous donne des munitions supplémentaires. À vous de les utiliser dans les bons arbitrages.

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