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SAP rachète Dremio : votre stack data européenne est-elle encore sous contrôle ?

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# SAP rachète Dremio : votre stack data européenne est-elle encore sous contrôle ?

En 2026, SAP finalise l'acquisition de Dremio, spécialiste américain de la virtualisation de données et du lakehouse (on revient sur ces termes). Pour les équipes IT européennes, ce mouvement n'est pas une simple actualité marché. C'est un signal qui mérite une lecture attentive — et une question directe : dans quelle mesure votre architecture data dépend-elle aujourd'hui d'acteurs que vous ne contrôlez pas ?

Cet article compare trois approches concrètes pour organiser votre couche data, en les évaluant sur ce qui compte vraiment pour un DSI ou un RSSI en PME/ETI européenne : la maîtrise technique, la gouvernance des données, l'intégration dans votre SI existant, et l'autonomie opérationnelle de vos équipes.


Quelques définitions pour poser le cadre

Data lakehouse : architecture qui combine un entrepôt de données structurées (le *data warehouse*) et un lac de données brutes (le *data lake*). L'idée : centraliser toutes vos données — structurées ou non — dans un seul système interrogeable.

Virtualisation de données : technique qui permet d'interroger des données là où elles se trouvent, sans les déplacer. On crée une couche d'accès unifiée au-dessus de sources hétérogènes (bases SQL, fichiers, API, cloud).

Vendor lock-in : situation où votre dépendance technique envers un fournisseur rend le changement coûteux ou risqué. C'est le vrai sujet derrière l'acquisition SAP-Dremio.


Ce que change concrètement le rachat de Dremio par SAP

Dremio était jusqu'ici un outil indépendant, apprécié pour sa compatibilité avec les formats ouverts — notamment Apache Iceberg, un standard de table pour les lacs de données. Beaucoup d'équipes IT l'avaient adopté précisément parce qu'il n'était pas lié à un écosystème propriétaire.

L'intégration dans SAP change la donne. SAP est un acteur américain coté, soumis au droit américain, avec une roadmap produit désormais alignée sur ses propres intérêts commerciaux. Concrètement, pour vos équipes IT, cela signifie :

  • Les évolutions de Dremio seront arbitrées en fonction de la stratégie SAP, pas des besoins de vos équipes data.
  • L'interopérabilité avec des outils non-SAP pourrait se réduire progressivement.
  • Les données que vous interrogez via Dremio passent potentiellement par une infrastructure dont vous ne maîtrisez pas la localisation.

Ce schéma — un outil apprécié pour sa neutralité, absorbé dans un écosystème fermé — s'est déjà produit. Il mérite une analyse froide, pas une alerte panique, mais une revue de vos dépendances.


Comparatif : trois approches pour organiser votre couche data

Approche 1 — Rester sur l'écosystème SAP-Dremio intégré

Architecture : Dremio devient un composant de la plateforme SAP Business Data Cloud. Vous interrogez vos données via une interface unifiée, avec des connecteurs natifs vers les autres produits SAP (S/4HANA, BTP).

Intégration SI : forte si vous êtes déjà client SAP. Cohérente sur le papier. En pratique, l'intégration complète demande du temps et des ressources de paramétrage non négligeables.

Gouvernance des données : les politiques d'accès, de classification et de rétention sont gérées dans le périmètre SAP. Cela simplifie la vie si vous êtes mono-éditeur. Cela crée une opacité réelle sur la localisation effective des données et les conditions de traitement, notamment pour vos obligations RGPD.

Autonomie des équipes IT : réduite. Vos ingénieurs data dépendent de la roadmap SAP pour toute évolution. Les compétences développées sont spécifiques à cet écosystème, ce qui fragilise votre capacité à changer d'outil demain.


Approche 2 — Architecture ouverte sur formats standards (Apache Iceberg / Trino)

Architecture : vous construisez votre lakehouse sur des formats de tables ouverts comme Apache Iceberg et un moteur de requête open source comme Trino (anciennement PrestoSQL). Les données restent dans votre infrastructure — cloud européen certifié ou on-premise.

Intégration SI : plus exigeante à mettre en place. Elle nécessite une équipe data compétente en administration système et en SQL distribué. En contrepartie, vous connectez n'importe quelle source de données sans dépendre d'un éditeur unique.

Gouvernance des données : vous choisissez votre catalogue de données (Apache Atlas, ou des solutions comme Datacoves hébergées en Europe). Vous définissez vous-même les règles d'accès, de classification, de rétention. C'est plus de travail — c'est aussi plus de maîtrise.

Autonomie des équipes IT : élevée. Les compétences acquises sur des formats ouverts sont transférables. Votre équipe peut changer de moteur de requête sans tout reconstruire. Le coût de sortie est structurellement plus faible.


Approche 3 — Plateforme data managée chez un opérateur cloud européen

Ici, on pense à des acteurs comme **Scaleway Data Platform ou Exoscale** — des opérateurs européens qui proposent des services managés (stockage objet, bases analytiques, pipelines) hébergés en Europe, sous droit européen.

Architecture : hybride. Vous déléguez l'infrastructure et la haute disponibilité à l'opérateur, tout en conservant la main sur vos données et vos outils d'interrogation. Certains s'appuient précisément sur des composants open source (Iceberg, Spark, etc.).

Intégration SI : variable selon les opérateurs. L'effort d'intégration est moindre qu'une architecture full open source maison, supérieur à une solution SAP clé en main. C'est le compromis assumé.

Gouvernance des données : contractuellement, vos données restent en Europe. Les opérateurs concernés ne sont pas soumis au CLOUD Act américain — contrairement à SAP, filiale d'un groupe coté aux États-Unis. Pour un RSSI, c'est une différence fondamentale.

Autonomie des équipes IT : bonne. Vous évitez la surcharge opérationnelle de tout gérer en interne, tout en conservant la capacité de migrer si l'opérateur change de politique.


Tableau de synthèse

| Critère | SAP-Dremio intégré | Open source (Iceberg/Trino) | Cloud managé européen |

|---|---|---|---|

| Maîtrise architecture | Faible (dépend de SAP) | Totale | Partagée |

| Localisation données | Incertaine | Sous votre contrôle | Garantie Europe |

| Charge équipe IT | Faible à court terme | Élevée | Modérée |

| Risque vendor lock-in | Élevé | Faible | Modéré |

| Conformité RGPD | À auditer | Sous votre responsabilité | Contractuellement renforcée |

| Compétences transférables | Non | Oui | Oui |


Ce que ça change pour vos équipes IT au quotidien

La question n'est pas abstraite. Elle se pose dans des situations très concrètes.

Quand vous ajoutez une nouvelle source de données : dans un écosystème SAP-Dremio, vous dépendez d'un connecteur certifié SAP. Avec une architecture ouverte, vous écrivez le connecteur ou vous en choisissez un dans l'écosystème open source. Plus de liberté, plus de responsabilité.

Quand vous recrutez un ingénieur data : les compétences Trino ou Iceberg sont portables. Les compétences Dremio post-acquisition SAP deviennent progressivement spécifiques à un écosystème. Cela impacte vos recrutements et la montée en compétence de vos équipes.

Quand vous répondez à un audit RGPD : avec un opérateur cloud européen ou une architecture on-premise, vous pouvez localiser précisément chaque donnée et justifier chaque traitement. Avec SAP, vous devez auditer les conditions contractuelles et techniques — et elles peuvent évoluer sans que vous en soyez avertis.

Quand SAP change sa roadmap : cela s'est produit avec d'autres acquisitions. Des fonctionnalités disparaissent, des intégrations se ferment, des prix évoluent. Dans une architecture ouverte, vous êtes beaucoup moins exposé à ces décisions unilatérales.


En résumé

L'acquisition de Dremio par SAP n'est pas une catastrophe en soi. C'est un rappel. Un rappel que chaque dépendance envers un acteur américain est une variable que vous ne contrôlez pas.

Pour les DSI et CTO de PME/ETI européennes, la bonne question n'est pas « faut-il abandonner SAP ? ». C'est : quelle est la cartographie réelle de vos dépendances data, et lesquelles méritent une alternative ?

Les formats ouverts existent. Les opérateurs européens montent en maturité. La fenêtre pour reprendre la main sur votre stack data est ouverte — mais elle ne le restera pas indéfiniment, au rythme des consolidations en cours.

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