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RSSI en première ligne : quand la souveraineté numérique devient une exigence de gouvernance

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# RSSI en première ligne : quand la souveraineté numérique devient une exigence de gouvernance

En 2026, un changement de posture s'est installé dans les comités de direction des PME et ETI européennes. Les RSSI (Responsables de la Sécurité des Systèmes d'Information) ne se contentent plus de gérer des risques techniques. Ils portent désormais une exigence politique : reprendre le contrôle sur les données et les infrastructures de l'entreprise, face à une dépendance structurelle aux acteurs américains.

Cette évolution n'est pas anodine. Elle transforme profondément les organisations.

Ce que les RSSI réclament concrètement aux décideurs

La pression vient de plusieurs directions simultanément. D'un côté, le cadre réglementaire européen — notamment le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) et la directive NIS 2 (Network and Information Security), qui élargit les obligations de cybersécurité à un nombre croissant d'entreprises — impose des exigences de traçabilité et de localisation des données que les offres dominantes américaines ne satisfont pas toujours pleinement.

De l'autre, les RSSI constatent sur le terrain que les contrats avec les grands fournisseurs cloud américains contiennent des clauses d'accès aux données soumises au droit américain — notamment le Cloud Act — qui entrent en contradiction directe avec les obligations européennes.

Leur message aux directions et aux politiques est donc clair : la souveraineté numérique n'est plus une option idéologique. C'est une condition de conformité légale et de résilience opérationnelle.

Concrètement, ils demandent trois choses :

  • Des budgets fléchés vers des solutions dont l'hébergement et la gouvernance restent sous juridiction européenne.
  • Des politiques d'achat public et privé qui intègrent le critère de souveraineté comme condition d'éligibilité, et non comme bonus.
  • Un cadre de formation interne pour ne plus dépendre uniquement de prestataires extérieurs — souvent eux-mêmes sous influence américaine — pour opérer les outils critiques.

Les compétences à construire en interne, maintenant

C'est là que l'impact organisationnel devient concret. Pour ne pas rester dépendant d'un intégrateur ou d'un éditeur américain, les équipes IT européennes doivent monter en compétence sur des périmètres précis.

Premier levier : la maîtrise des contrats et de la cartographie des données. Savoir où chaque donnée est stockée, sous quelle juridiction, avec quelles conditions d'accès tiers — c'est une compétence hybride, entre juriste et ingénieur, que peu d'équipes possèdent aujourd'hui. La former en interne prend du temps, mais elle réduit drastiquement la dépendance aux cabinets spécialisés.

Deuxième levier : la **capacité à évaluer et à qualifier des alternatives européennes**. Des acteurs comme **Scaleway (filiale d'Iliad) ou Ionos** (groupe allemand United Internet) proposent des infrastructures cloud certifiées en Europe. Encore faut-il avoir, en interne, quelqu'un capable d'évaluer leur maturité, leurs SLA (engagements de niveau de service) et leur compatibilité avec l'existant — sans déléguer ce jugement à un consultant lié aux éditeurs américains.

Troisième levier, souvent négligé : la gouvernance des identités et des accès (IAM — Identity and Access Management). C'est l'un des points d'entrée les plus fréquents en cas d'incident, et l'un des plus souvent externalisés. Rapatrier cette compétence en interne, même partiellement, est un acte de souveraineté concret.

La souveraineté numérique ne se décrète pas depuis Bruxelles. Elle se construit, compétence par compétence, dans les équipes des entreprises européennes. Le rôle du RSSI en 2026, c'est précisément de transformer cette ambition politique en feuille de route organisationnelle.

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