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RGESN et écoconception : pourquoi les normes européennes deviennent un levier de souveraineté numérique

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# RGESN et écoconception : pourquoi les normes européennes deviennent un levier de souveraineté numérique

*En 2026, le Référentiel Général d'Écoconception des Services Numériques — le RGESN — n'est plus un simple guide de bonnes pratiques. Il est devenu un outil de gouvernance à part entière pour les entreprises européennes qui souhaitent reprendre le contrôle de leur empreinte numérique. Nous avons échangé avec le DSI d'une ETI industrielle française de taille moyenne, engagée depuis deux ans dans une démarche d'écoconception accompagnée par Ecritel, hébergeur et infogérant souverain européen. Il nous explique ce que cette démarche a changé — concrètement — dans son organisation.*


Pour commencer, pouvez-vous expliquer ce qu'est le RGESN à quelqu'un qui n'en a jamais entendu parler ?

Bien sûr. Le RGESN, c'est le Référentiel Général d'Écoconception des Services Numériques. C'est un cadre de référence produit par des institutions françaises et européennes — l'ARCEP, la DINUM, l'ADEME notamment — qui liste les critères à respecter pour concevoir des services numériques moins gourmands en ressources.

Concrètement, ça couvre tout : la façon dont un site web est codé, la manière dont les données sont stockées, la sobriété des interfaces, la durée de vie des équipements. L'idée centrale, c'est de produire des services numériques qui consomment moins d'énergie, moins de bande passante, moins de puissance de calcul.

Mais ce qui m'a frappé, c'est que ce référentiel est aussi une grille de lecture organisationnelle. Il ne suffit pas de changer quelques lignes de code. Il faut repenser qui décide quoi, avec quelles compétences, selon quels critères.


Vous parlez d'organisation. Qu'est-ce que le RGESN a changé concrètement dans votre façon de travailler ?

Tout d'abord, il a forcé une conversation que nous n'avions jamais vraiment eue : qui est responsable de l'impact environnemental de nos outils numériques ? Chez nous, la réponse était floue. Les équipes métier commandaient des fonctionnalités, les prestataires les livraient, et personne ne se posait la question de ce que ça coûtait réellement — en énergie, en infrastructure, en dépendance.

Avec le RGESN comme cadre, nous avons dû créer un rôle nouveau : un référent écoconception. Ce n'est pas un poste à plein temps, du moins pas encore. C'est une fonction transversale, portée par quelqu'un de notre équipe IT qui a été formé, qui anime un groupe de travail interne, et qui valide les choix techniques à l'aune des critères du référentiel.

Ce glissement de responsabilité, c'est structurant. Ça signifie que nous ne délégons plus aveuglément à l'extérieur. Nous avons une capacité de jugement interne.


Quel rôle a joué Ecritel dans cette transformation ?

Ecritel est notre hébergeur et infogérant depuis plusieurs années. Ce qui a changé, c'est la nature de notre relation. Avant, c'était une relation classique : nous commandons, ils exécutent. Depuis que nous travaillons ensemble sur le RGESN, c'est devenu un vrai partenariat de montée en compétences.

Ils ont une offre structurée autour de l'hébergement écoresponsable — centres de données alimentés en énergie renouvelable, architecture optimisée pour la sobriété. Mais au-delà de l'infrastructure, ils nous ont aidés à auditer nos services existants selon les critères du RGESN, à prioriser les chantiers, et à former nos équipes.

Ce qui compte pour moi, c'est que Ecritel est un acteur européen, soumis au droit européen, dont les données ne transitent pas par des infrastructures américaines. Dans un contexte où le Cloud Act américain permet théoriquement aux autorités US d'accéder aux données hébergées chez des acteurs américains — même en Europe —, ce n'est pas un détail. C'est un choix de gouvernance.


Justement, quel est le lien entre écoconception et souveraineté numérique ? Ce ne sont pas des sujets distincts ?

C'est la question que tout le monde me pose, et je comprends la confusion. En apparence, oui, ce sont deux sujets différents. L'un parle d'environnement, l'autre de géopolitique numérique.

Mais dans la pratique, ils convergent sur un point central : la maîtrise de votre infrastructure. Quand vous appliquez le RGESN sérieusement, vous êtes obligé de cartographier précisément vos services numériques. Où sont hébergées vos données ? Quels composants tiers sont embarqués dans vos applications ? Quels scripts externes se chargent sur vos pages ?

Et là, vous découvrez souvent que vous avez intégré, parfois sans le savoir, des dizaines de dépendances vers des acteurs américains — des CDN, des outils d'analytics, des services tiers. Ces dépendances ont un coût environnemental, certes. Mais elles ont aussi un coût souverain : elles créent des flux de données vers des infrastructures hors de votre contrôle.

En travaillant à les réduire pour des raisons écologiques, vous réduisez aussi votre exposition aux acteurs dominants américains. Les deux démarches se renforcent mutuellement.


Quelles compétences avez-vous développé en interne pour ne pas rester dépendants de prestataires extérieurs ?

C'est la vraie question stratégique. Il ne s'agit pas de tout internaliser — c'est irréaliste pour une ETI de notre taille. Mais il s'agit de ne jamais déléguer la compréhension.

Nous avons investi sur trois axes. Le premier, c'est la lecture critique des audits. Nos équipes savent maintenant lire un rapport d'audit RGESN, comprendre ce que signifie chaque critère, et challenger les recommandations d'un prestataire. On ne signe plus un livrable sans comprendre ce qu'on reçoit.

Le deuxième axe, c'est la rédaction de cahiers des charges. Nous avons appris à formuler des exigences d'écoconception dans nos appels d'offres. Ce n'était pas le cas il y a trois ans. Aujourd'hui, tout nouveau projet web intègre des critères RGESN dès la phase de spécification.

Le troisième axe, c'est la gouvernance des données. Nous avons formé un petit noyau de personnes — deux ou trois — capables d'identifier les flux de données sortants, de qualifier leur sensibilité, et de décider si un outil tiers est acceptable ou non. C'est modeste, mais c'est souverain.


Quelles résistances avez-vous rencontrées en interne ?

Les résistances classiques, en fait. La première : « on a toujours fait comme ça ». Nos équipes métier avaient l'habitude de choisir leurs outils librement, souvent des solutions américaines très connues, ergonomiques, bien marketées. Leur demander de se poser la question de la souveraineté ou de l'écoconception avant de déployer un nouvel outil, c'était perçu comme une contrainte supplémentaire.

La deuxième résistance, c'est la peur de la complexité. Certains managers pensaient que les alternatives européennes étaient forcément moins bonnes, plus compliquées, moins bien supportées. Il a fallu démonter ce préjugé, cas d'usage par cas d'usage.

Ce qui a fait bouger les lignes, c'est d'abord la direction générale. Quand le sujet de la conformité réglementaire est remonté — avec le RGESN qui s'impose progressivement comme un standard attendu dans les marchés publics et certains appels d'offres privés — les arbitrages ont changé. La souveraineté numérique et l'écoconception ne sont plus des sujets idéologiques. Ce sont des critères de compétitivité.


Un dernier message pour les DSI qui n'ont pas encore commencé cette démarche ?

Ne pas commencer parce que c'est complexe, c'est déjà un choix — et c'est le mauvais choix. En 2026, les normes évoluent vite. Le RGESN est amené à devenir contraignant dans davantage de contextes. Les donneurs d'ordres publics et privés vont de plus en plus l'intégrer dans leurs critères de sélection.

Mais au-delà de la conformité, c'est une question de lucidité. Si vous ne savez pas où sont hébergées vos données, si vous ne savez pas quels acteurs tiers ont accès à vos flux, si vous n'avez personne en interne capable de lire un audit technique — vous n'êtes pas maître de votre SI. Vous en êtes locataire.

L'écoconception, si on la prend au sérieux, oblige cette lucidité. Et cette lucidité, c'est le premier pas vers une vraie souveraineté numérique.


*Ecritel est un hébergeur et infogérant français proposant des services d'hébergement écoresponsable et d'accompagnement à la conformité RGESN pour les entreprises européennes.*

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