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Puces IA : la guerre américaine entre AMD et NVIDIA ouvre-t-elle une fenêtre pour l'Europe ?

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# Puces IA : la guerre américaine entre AMD et NVIDIA ouvre-t-elle une fenêtre pour l'Europe ?

En 2026, le marché des puces dédiées à l'intelligence artificielle (IA) connaît une recomposition visible. AMD, le fabricant américain de semiconducteurs, s'est associé à Taalas, un acteur spécialisé dans l'optimisation logicielle pour accélérateurs matériels, afin de proposer une alternative crédible aux GPU — *Graphics Processing Units*, les processeurs graphiques devenus indispensables pour entraîner et faire tourner les modèles d'IA — de NVIDIA. L'objectif affiché : briser le quasi-monopole de NVIDIA sur ce segment stratégique.

Pour un DSI ou un RSSI européen, le réflexe naturel serait de se réjouir : plus de concurrence entre acteurs américains, c'est potentiellement moins de dépendance à un fournisseur unique. Ce raisonnement mérite d'être nuancé — et vite.

Deux acteurs américains ne font pas une souveraineté européenne

La diversification entre AMD et NVIDIA reste une affaire interne au marché américain. Les deux entités sont soumises au droit américain, notamment au Cloud Act (loi de 2018 autorisant les autorités américaines à accéder aux données stockées par des entreprises US, y compris hors du territoire américain). Remplacer une puce NVIDIA par une puce AMD dans votre infrastructure ne change rien à ce risque d'extraterritorialité.

Plus concrètement : si votre entreprise utilise ces puces dans un environnement cloud opéré par un acteur américain, vos données traitées par ces accélérateurs restent potentiellement accessibles à des juridictions étrangères. C'est un angle mort direct pour la conformité RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), mais aussi pour NIS2 (la directive européenne sur la cybersécurité des infrastructures critiques, entrée en vigueur en 2024) et DORA (le règlement européen sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier).

Ces textes ne se contentent pas d'exiger la protection des données : ils imposent une maîtrise documentée de la chaîne de sous-traitance technique. Or, la couche matérielle — le silicium lui-même — est rarement auditée dans les plans de conformité des PME et ETI. C'est précisément là que le risque se loge.

La vraie question pour les responsables informatiques européens n'est donc pas « AMD ou NVIDIA ? ». Elle est : qui contrôle la chaîne complète, du silicium au logiciel, en passant par le centre de données ?

Des initiatives européennes existent — le programme KDT JU (Key Digital Technologies Joint Undertaking), porté par l'Union européenne pour financer la recherche en semiconducteurs, ou les travaux autour de l'European Chips Act adopté en 2023 — mais la montée en puissance industrielle prendra des années. En attendant, la recomposition du marché américain des puces IA est un signal utile : elle rappelle que la dépendance technologique n'est jamais figée, et que les fenêtres de renégociation des contrats s'ouvrent précisément dans ces moments de turbulence concurrentielle.

Pour un DSI européen, 2026 est le bon moment pour poser la question à ses fournisseurs de cloud et d'infrastructure : sur quelle puce tourne mon IA, chez qui, et sous quelle juridiction ?

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