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Leurs profits records sont notre facture : il est temps de sortir de l'orbite américaine

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# Leurs profits records sont notre facture : il est temps de sortir de l'orbite américaine

Chaque trimestre, le même rituel. Les grandes plateformes américaines publient leurs résultats financiers, les analystes s'extasient, et la presse économique européenne relaie les chiffres comme s'il s'agissait d'une bonne nouvelle universelle. En 2026, ces profits ont atteint des niveaux qui auraient semblé absurdes il y a dix ans. Et pendant ce temps, dans les salles de réunion des DSI européens, on renégocie des contrats dont on ne comprend plus vraiment les clauses, on subit des hausses tarifaires présentées comme des "ajustements de valeur", et on s'interroge sur ce qu'il reste de marge de manœuvre réelle.

La réponse, si on se donne la peine de la chercher, est inconfortable : pas grand-chose.

Ce que révèle vraiment un profit record

Un profit record, dans le domaine du cloud et du SaaS, ne tombe pas du ciel. Il se construit méthodiquement, sur plusieurs années, à travers une architecture de verrouillage que nous avons acceptée pièce par pièce, contrat après contrat, migration après migration. Quand je regarde le portefeuille technologique d'une PME ou d'une ETI européenne typique aujourd'hui, j'y vois une dépendance structurelle à deux ou trois acteurs américains qui contrôlent à la fois l'infrastructure, la couche applicative, et désormais la couche d'intelligence artificielle.

C'est précisément là que le verrouillage devient systémique. Ce n'est plus seulement un contrat difficile à résilier. C'est un écosystème entier — formats de données propriétaires, API fermées, identités numériques, modules d'IA intégrés à la suite bureautique — qui rend le départ techniquement coûteux et psychologiquement épuisant. Le DSI qui voudrait migrer aujourd'hui ne se heurte pas à un mur : il se heurte à un labyrinthe.

Et les profits records sont précisément la mesure de l'efficacité de ce labyrinthe.

L'IA comme nouveau verrou de génération

Nous avons collectivement sous-estimé la vitesse à laquelle l'intelligence artificielle allait devenir le nouveau vecteur de dépendance. En 2026, les offres d'IA générative proposées par les acteurs dominants américains ne sont plus des options : elles sont en train de devenir le cœur opérationnel des processus métier. Rédaction, synthèse documentaire, assistance au code, automatisation des workflows — tout cela s'intègre dans des suites dont les données, par construction contractuelle, transitent et parfois résident hors du territoire européen.

Le problème n'est pas d'ordre idéologique. Il est opérationnel et juridique. Un DSI qui déploie massivement un assistant IA intégré à sa messagerie d'entreprise sans avoir audité les flux de données ne maîtrise plus réellement la confidentialité de ses échanges commerciaux. Et quand le contrat prévoit que les modèles peuvent être entraînés sur des données agrégées — même anonymisées, même pseudonymisées — la question de la souveraineté informationnelle devient très concrète.

Sachant que des alternatives européennes existent désormais sur ce segment, l'argument "il n'y a pas le choix" ne tient plus. Ce qui tient, en revanche, c'est l'inertie organisationnelle. Et cette inertie a un coût, qui apparaît justement dans les marges bénéficiaires de ceux dont nous alimentons la croissance.

Sortir du labyrinthe : une question de volonté, pas de moyens

Je refuse l'argument de la complexité technique comme frein légitime à la transition. Pas parce qu'il est faux — migrer un SI d'entreprise est effectivement complexe — mais parce qu'il est instrumentalisé pour maintenir le statu quo. La vraie question n'est pas "est-ce que c'est possible ?" mais "par où commençons-nous ?"

Et la réponse, pragmatiquement, c'est toujours la même : par les données. Avant de parler d'applications, de modèles d'IA ou de suites collaboratives, le DSI doit répondre à une question simple : où sont mes données, qui y accède, et sous quelle juridiction ? Si cette cartographie n'existe pas — ou si elle date de plus de deux ans — elle est déjà fausse. Les contrats cloud évoluent, les sous-traitants changent, les clauses de transfert de données se modifient dans des notifications que personne ne lit.

Une fois cette base d'audit réalisée, les arbitrages deviennent moins abstraits. On ne parle plus de "souveraineté numérique" comme d'un concept politique flottant. On parle de contrats spécifiques, de données identifiées, de risques réels. Et là, les décisions de migration ou de diversification deviennent des décisions de gestion du risque comme les autres — documentées, budgétées, priorisées.

Le signal politique que les DSI ne peuvent plus ignorer

Il y a un contexte géopolitique que je ne peux pas occulter, même dans une tribune à vocation pragmatique. En 2026, la relation transatlantique en matière de régulation numérique est instable. Les accords encadrant les transferts de données entre l'Union européenne et les États-Unis ont déjà été remis en cause une fois, ils pourraient l'être à nouveau. Ce n'est pas une hypothèse catastrophiste : c'est un scénario que les juristes spécialisés en droit des données considèrent comme plausible à horizon de deux à trois ans.

Ce que cela signifie concrètement pour un DSI : une dépendance forte à des acteurs américains pour des traitements de données sensibles, c'est un risque de conformité latent. Pas théorique. Latent. Le jour où un cadre juridique change — et il changera, dans un sens ou dans l'autre — les entreprises qui n'auront pas diversifié leur base technologique seront en position de réaction forcée, avec les coûts d'urgence que cela implique.

Ceux qui auront anticipé, même partiellement, auront une position de force.

Ce que j'attends des DSI en 2026

Pas une révolution. Pas une migration totale vers une stack 100% européenne en six mois — ce serait irréaliste et contre-productif. Ce que j'attends, c'est une posture. Une posture qui consiste à ne plus évaluer un outil technologique uniquement sur ses fonctionnalités et son prix, mais aussi sur sa localisation, sa gouvernance et son niveau de verrouillage.

À chaque renouvellement de contrat, à chaque nouveau projet, à chaque déploiement d'IA : poser la question. Est-ce qu'il existe une alternative souveraine crédible ? Si oui, à quelles conditions peut-on l'évaluer sérieusement ? Si non, comment négocie-t-on des clauses contractuelles qui limitent la dépendance ?

Les profits records des acteurs américains ne sont pas une fatalité à admirer. Ce sont les indicateurs d'un déséquilibre que nous avons le pouvoir de corriger — lentement, méthodiquement, mais résolument. La transition souveraine n'est pas un projet idéologique. C'est une décision de gestion du risque à long terme. Et en 2026, ceux qui ne l'ont pas encore commencée ont simplement choisi de payer plus cher, plus longtemps.

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