Plan 'Osez l'IA' : un an après, l'autonomie européenne reste un chantier ouvert
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# Plan 'Osez l'IA' : un an après, l'autonomie européenne reste un chantier ouvert
Ce que le bilan révèle sur les dépendances réelles
Lancé en 2025 pour accélérer l'adoption de l'intelligence artificielle dans les entreprises françaises et, par extension, européennes, le plan « Osez l'IA » affichait une ambition double : démocratiser l'usage de l'IA et orienter les organisations vers des solutions compatibles avec les exigences de souveraineté numérique. Un an après, le tableau est contrasté — et les verrouillages technologiques n'ont pas disparu.
Premier constat : la majorité des déploiements recensés dans le cadre du plan ont été réalisés sur des infrastructures ou via des modèles dont le contrôle effectif reste localisé hors d'Europe. Les PME et ETI, cibles prioritaires du dispositif, ont massivement opté pour les offres d'acteurs américains dominants, non par défaut de conviction souverainiste, mais faute d'un écosystème alternatif suffisamment mature pour absorber des montées en charge rapides. Le plan a financé des expérimentations ; il n'a pas encore modifié la structure de dépendance sous-jacente.
Deuxième signal à surveiller : les contrats signés dans l'urgence de l'expérimentation intègrent rarement des clauses de portabilité des données ou des modèles fine-tunés. Une organisation qui a passé douze mois à entraîner un modèle sur ses données métier, via une plateforme dont elle ne maîtrise ni les API ni les conditions de réversibilité, a constitué un actif — et une dépendance. Ce verrouillage-là est moins visible qu'une hausse de prix, mais plus structurant sur le long terme.
Les acteurs européens : présents, mais encore en phase de consolidation
Du côté des alternatives crédibles, deux dynamiques méritent attention. Scaleway, filiale infrastructure d'Iliad, a renforcé son offre de calcul GPU souverain et positionné des environnements d'inférence compatibles avec les modèles open source les plus utilisés en entreprise. L'enjeu pour un DSI n'est pas seulement de disposer du compute : c'est de pouvoir orchestrer un pipeline complet — données, modèle, inférence, observabilité — sans sortir d'un périmètre contractuellement européen. C'est précisément sur cette intégration verticale que l'écosystème souverain accuse encore un retard mesurable.
Alfresco, éditeur européen de gestion de contenu d'entreprise, illustre un autre angle du problème : l'IA générative s'intègre de plus en plus profondément dans les couches documentaires et les workflows métier. Les organisations qui ont laissé un acteur américain dominant prendre la main sur cette couche — souvent via des modules IA natifs dans leurs suites bureautiques — découvrent que le périmètre de collecte de données dépasse largement ce qu'elles avaient anticipé lors de la signature.
La conclusion que tirent plusieurs RSSI consultés est pragmatique : le plan « Osez l'IA » a eu le mérite de créer un momentum et de financer des premières briques. Mais un plan d'accélération ne vaut que si les conditions contractuelles et techniques de réversibilité sont posées dès le départ. Sans clause de sortie, sans portabilité des modèles, sans audit des flux de données vers des juridictions tierces, l'expérimentation souveraine risque de se transformer, à l'échéance des renouvellements, en dépendance ordinaire.
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