Métaux critiques : pourquoi la levée de Lithosquare est aussi une affaire de DSI
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Quand le silicium devient un enjeu de gouvernance IT
On a tendance à penser la souveraineté numérique en couches logicielles : qui héberge vos données, qui entraîne vos modèles, qui contrôle votre messagerie. C'est légitime. Mais il y a un étage en dessous, physique, minéral, que l'on oublie systématiquement — et que la levée de fonds de Lithosquare à 22 millions d'euros en 2026 remet brutalement sur la table.
Lithosquare, pour ceux qui ne les connaissent pas encore, développe une plateforme de traçabilité et d'intelligence de données dédiée à la chaîne d'approvisionnement en métaux critiques. Lithium, cobalt, terres rares : les composants sans lesquels aucun datacenter, aucun terminal, aucune baie de stockage ne tourne. Leur levée n'est pas un fait divers de la tech-finance. C'est un signal. Et les DSI feraient bien de l'entendre.
L'angle mort de la cartographie SI
Voici le problème concret : aujourd'hui, la grande majorité des équipes IT européennes pilotent leur infrastructure sans aucune visibilité sur la provenance des composants physiques qui la font tourner. Quand un RSSI cartographie ses risques tiers, il liste ses éditeurs logiciels, ses fournisseurs cloud, ses prestataires de services managés. Très rarement il remonte jusqu'au fabricant de serveurs, et presque jamais jusqu'aux matières premières qui composent ces serveurs.
C'est là que ça devient stratégique. Car la concentration des approvisionnements en métaux critiques — largement dominée par quelques acteurs extra-européens — crée une vulnérabilité de chaîne que personne ne modélise dans les plans de continuité d'activité. Un choc géopolitique sur les terres rares, c'est potentiellement une pénurie de composants, des délais d'approvisionnement en équipements qui s'allongent de six à dix-huit mois, des budgets d'infrastructure qui explosent sans prévenir.
Je pense que ne pas intégrer ce risque dans la cartographie SI en 2026, c'est travailler avec une carte qui s'arrête à mi-chemin.
Ce que change un outil comme Lithosquare pour les équipes IT
Concrètement, une plateforme de traçabilité des métaux critiques ne s'installe pas dans la baie de brassage. Mais elle change la façon dont les équipes IT collaborent avec les achats et la direction financière sur les décisions d'infrastructure.
Premier effet immédiat : la capacité à qualifier ses fournisseurs de matériel sur un critère nouveau — la résilience de leur propre chaîne d'approvisionnement. Est-ce que ce constructeur de serveurs est exposé à un fournisseur de cobalt unique ? Dispose-t-il de stocks stratégiques ? A-t-il engagé une démarche de sourcing européen sur ses composants ?
Deuxième effet, plus structurel : l'intégration de données de risque matière dans les cycles de renouvellement d'équipements. Un DSI qui anticipe une tension sur les composants peut décider d'allonger la durée de vie de son parc, de constituer un stock tampon ou de privilégier un fournisseur dont la chaîne est mieux documentée. Ce sont des décisions de gouvernance IT, pas seulement des décisions d'achat.
Troisième effet, et il est politique : disposer de cette traçabilité, c'est aussi se donner les moyens de répondre aux exigences réglementaires qui arrivent. Le règlement européen sur les matières premières critiques — le Critical Raw Materials Act — impose progressivement des obligations de transparence aux entreprises sur leur exposition aux matériaux stratégiques. Les directions informatiques qui gèrent des parcs conséquents ne seront pas exemptées de cette logique.
L'Europe construit une alternative, pièce par pièce
Ce qui me frappe dans le mouvement Lithosquare, c'est qu'il s'inscrit dans une logique de reconstruction systémique que l'Europe mène depuis trois ans sur ses dépendances critiques. Après les semiconducteurs avec le European Chips Act, après les batteries avec la filière gigafactory, voilà qu'émergent des outils de pilotage et de traçabilité construits en Europe, pour des logiques industrielles européennes.
Ce n'est pas anodin. Car jusqu'ici, les outils qui dominent la gestion de supply chain industrielle sont américains. Les grands ERP de référence, les plateformes d'analyse de risque fournisseur — l'acteur américain a structuré ce marché à son avantage, avec ses propres partis pris sur la donnée, ses propres conditions contractuelles, ses propres hébergements.
Une plateforme comme Lithosquare, ancrée dans la réglementation européenne et dans les enjeux de souveraineté industrielle du continent, n'est pas qu'un outil de plus. C'est une brique d'infrastructure informationnelle que l'Europe se donne enfin les moyens de contrôler.
Ce que j'attends des DSI sur ce sujet
Il faut arrêter de considérer que la souveraineté numérique s'arrête au périmètre logiciel. Un SI souverain, c'est aussi un SI dont on comprend les dépendances physiques — et dont on peut anticiper les ruptures.
La levée de Lithosquare n'est pas un sujet pour les équipes achats ou RSE. C'est un sujet pour les directeurs informatiques qui veulent encore avoir leur mot à dire sur la résilience de leur infrastructure dans cinq ans. Et ça, ça commence par accepter de cartographier ce qu'on ne regarde pas encore.
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