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Manutan joue la carte souveraine, mais vos équipes IT ont-elles vraiment changé leurs réflexes d'achat ?

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# Manutan joue la carte souveraine, mais vos équipes IT ont-elles vraiment changé leurs réflexes d'achat ?

Quand un distributeur B2B historique comme Manutan lance une initiative pour mettre en avant des alternatives souveraines à destination des entreprises européennes, la tentation est grande d'applaudir. Enfin un acteur de la chaîne d'approvisionnement qui prend le sujet au sérieux. Mais posons la question qui dérange : est-ce que ça change quelque chose au quotidien des équipes IT — ou est-ce que c'est, une fois de plus, un label de façade qui ne résiste pas à l'examen des pratiques réelles ?

L'achat B2B, angle mort de la souveraineté numérique

On parle beaucoup de souveraineté des données, d'hébergement européen, de conformité RGPD. Rarement de la chaîne d'achat IT elle-même. Pourtant, chaque commande de matériel, chaque renouvellement de licence, chaque abonnement SaaS passé via une marketplace américaine consolide un peu plus la dépendance structurelle des PME et ETI européennes à des écosystèmes qu'elles ne contrôlent pas.

Le DSI d'une ETI industrielle en 2026 ne choisit pas seulement un outil quand il signe un bon de commande. Il choisit une juridiction, un modèle de données, un niveau d'exposition réglementaire. Or, dans la majorité des cas, ce choix est fait par défaut — parce que l'offre dominante américaine est là, fluide, intégrée, et que personne n'a eu le temps de chercher autre chose.

C'est précisément ce réflexe-là que des initiatives comme Moov'with Manutan sont censées bousculer. La question n'est pas de savoir si les alternatives existent — elles existent. La question est de savoir si les équipes IT ont les moyens concrets de les évaluer, de les intégrer, et de les maintenir sans surinvestissement opérationnel.

Deux acteurs à regarder de près — et deux questions à leur poser

Parmi les solutions qui circulent dans ce type de sélection souveraine, deux noms méritent qu'on s'y attarde sans naïveté.

Pimcore, plateforme autrichienne de gestion de l'information produit et des contenus digitaux, est souvent citée comme alternative crédible aux mastodontes américains du PIM/DAM. Son modèle open source est un atout réel pour les équipes IT qui veulent auditer ce qu'elles hébergent. Mais open source ne veut pas dire gratuit à opérer. Le coût caché, c'est la montée en compétence interne ou le recours à un intégrateur — et là, l'écosystème de partenaires européens certifiés reste encore fragmenté comparé à ce que proposent les éditeurs américains avec leurs réseaux de revendeurs.

Akeneo, éditeur nantais, joue dans la même cour avec une approche plus packagée. Son ancrage européen est réel, son développement commercial aussi. Mais la question que tout RSSI devrait poser avant de signer : où sont hébergées les données en mode SaaS, et quelle est la politique de sous-traitance pour les environnements cloud ? Une interface française ne garantit pas une chaîne de traitement 100 % européenne. Ce n'est pas un procès d'intention — c'est une vérification élémentaire que trop d'acheteurs IT négligent encore.

Le vrai test : la friction à l'intégration

La souveraineté numérique ne se mesure pas à la nationalité de l'éditeur. Elle se mesure à la capacité réelle des équipes IT à maintenir la maîtrise du système dans le temps. Et c'est là que le bât blesse le plus souvent.

Une alternative souveraine qui impose des connecteurs propriétaires, des APIs mal documentées ou des cycles de mise à jour opaques recrée exactement le même problème de dépendance qu'elle était censée résoudre — juste avec un drapeau européen sur la boîte. Le lock-in n'a pas de nationalité.

Ce que les équipes IT doivent exiger, concrètement, avant tout engagement : des standards ouverts, une documentation technique accessible sans NDA préalable, et une politique claire de portabilité des données en cas de sortie. Ce ne sont pas des exigences extraordinaires. Ce sont les conditions minimales d'un achat IT responsable. Pourtant, même chez des éditeurs européens bien intentionnés, elles ne sont pas toujours au rendez-vous.

La souveraineté ne s'achète pas, elle s'opère

Manutan peut référencer les meilleures alternatives du marché européen. Ça ne changera rien si les DSI et CTO ne modifient pas leurs critères d'évaluation internes. Tant que le critère numéro un reste "est-ce que ça s'intègre facilement à notre environnement Microsoft ?" — et non "est-ce que ça renforce notre autonomie opérationnelle ?" — les initiatives souveraines resteront des vitrines.

La vraie rupture, ce n'est pas une liste d'alternatives. C'est une nouvelle hygiène d'achat IT, intégrée dès la phase de sourcing, portée par des équipes qui ont les moyens d'évaluer autre chose que le confort de l'offre dominante américaine. En 2026, ce chantier reste largement inachevé.

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