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IA offensive : pendant que les Américains vendent le problème et la solution, l'Europe cherche encore ses défenseurs

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L'IA comme arme : un marché de la peur que l'Europe ne contrôle pas

En 2026, le constat est difficile à esquiver : les cyberattaques ont changé de nature. L'IA générative permet désormais d'industrialiser le phishing ciblé, d'automatiser la reconnaissance des vulnérabilités et de contourner les règles statiques des SIEM traditionnels à une vitesse que les équipes humaines ne peuvent pas absorber seules. Les PME et ETI européennes, souvent dépourvues de SOC interne, se retrouvent en première ligne — avec des budgets qui ne suivent pas.

La réponse dominante sur le marché ? Elle vient, sans surprise, des acteurs américains. Les grandes plateformes de cybersécurité outre-Atlantique ont été promptes à intégrer des modules IA dans leurs offres existantes, capitalisant sur une base installée déjà massive en Europe. Le problème n'est pas technique : c'est structurel. Quand une PME française ou polonaise fait tourner sa détection d'incidents sur une infrastructure dont les données transitent et sont analysées hors juridiction européenne, elle ne fait pas que prendre un risque réglementaire au regard du RGPD. Elle externalise sa connaissance de ses propres vulnérabilités à un tiers étranger. C'est un angle mort que beaucoup de DSI préfèrent encore ne pas regarder en face.

Il faut poser la question qui dérange : à qui profite la montée en puissance de la menace IA ? Les éditeurs qui vendent aujourd'hui des solutions de détection "IA-native" sont souvent les mêmes qui ont fourni, via leurs écosystèmes cloud, les briques techniques qui ont permis à ces attaques de se sophistiquer. Vendre le cadenas après avoir fabriqué le passe-partout : le modèle n'est pas nouveau, mais l'IA en accélère le cycle.

Ce que l'écosystème européen peut — et doit — offrir

L'Europe n'est pas sans ressources. Des acteurs comme Sekoia.io, éditeur français de threat intelligence, ou Tehtris, spécialisé dans la neutralisation automatisée des menaces, démontrent qu'il est possible de construire des plateformes de défense crédibles, hébergées sous droit européen, avec des modèles de détection entraînés sur des données maîtrisées. Ce n'est pas du marketing souverainiste : c'est une différence architecturale qui a des conséquences concrètes sur la gestion des incidents et la conformité.

Mais soyons lucides. Ces acteurs restent structurellement sous-capitalisés par rapport à leurs concurrents américains. Leur défi n'est pas l'innovation — ils innovent — c'est la mise à l'échelle commerciale et la capacité à absorber des contrats mid-market européens sans se retrouver immédiatement dans la posture du rachat par un fonds américain. C'est précisément là que la puissance publique européenne, via des dispositifs comme les contrats réservés aux offres qualifiées SecNumCloud ou les appels à projets du programme Horizon, a un rôle à jouer — et tarde encore à le jouer pleinement.

Pour un DSI de PME/ETI, la question n'est donc plus seulement "ma solution de cyberdéfense est-elle efficace ?". Elle est : "est-ce que je sais où sont analysées mes données d'incidents, et à qui je transfère implicitement la cartographie de mes failles ?" En 2026, ignorer cette question, c'est faire un choix — pas subir une contrainte.

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