Hausse cloud 2026 : les ETI européennes face à l'heure de vérité sur leur dépendance
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Hausse cloud 2026 : les ETI européennes face à l'heure de vérité sur leur dépendance
Pendant des années, la promesse du cloud public a tenu en trois mots : flexibilité, scalabilité, simplicité. Beaucoup de DSI d'ETI européennes ont signé sans trop négocier, convaincus que la facture resterait raisonnable. En 2026, cette conviction commence à coûter cher — au sens propre.
Ce qui s'est passé, et pourquoi maintenant
La convergence est brutale. Depuis plusieurs trimestres, les hyperscalers américains — AWS, Microsoft Azure, Google Cloud — ont ajusté leurs grilles tarifaires à la hausse dans plusieurs catégories de services, notamment le stockage, les licences associées et les sorties de données. Ces révisions ne sont pas des accidents : elles reflètent une réalité structurelle que les directions financières des ETI découvrent souvent trop tard dans leurs budgets IT.
Premier facteur : le taux de change. La facturation en dollars d'une grande partie des services cloud expose mécaniquement les entreprises européennes à la volatilité monétaire. Quand l'euro faiblit face au dollar — ce qui s'est produit à plusieurs reprises ces dernières années —, la facture cloud en euros grimpe sans que rien n'ait changé dans les usages.
Deuxième facteur : la fin des remises d'acquisition. Les hyperscalers ont massivement subventionné l'adoption cloud pendant une décennie. Ces pratiques commerciales agressives avaient un objectif clair : créer de la dépendance. En 2026, pour une partie significative du marché, l'objectif est atteint. Les remises s'amenuisent, les négociations se durcissent, et les clauses contractuelles liées aux engagements pluriannuels laissent peu de marge de manœuvre.
Troisième facteur, moins visible mais peut-être le plus structurant : la dimension géopolitique. Les évolutions réglementaires américaines — qu'il s'agisse des débats autour du Cloud Act, des politiques d'export control sur certaines technologies, ou des tensions commerciales transatlantiques — ont remis sur la table une question que beaucoup pensaient théorique : que se passe-t-il si l'accès à ces infrastructures se complique demain ?
Ce n'est pas du catastrophisme. C'est de la gestion des risques.
Ce que ça change concrètement pour un DSI d'ETI
Une grande entreprise du CAC 40 dispose d'équipes dédiées à la négociation contractuelle avec les hyperscalers, de volumes suffisants pour peser, et de directions juridiques capables d'analyser chaque clause. Une ETI de 500 à 2 000 salariés n'a généralement rien de tout ça.
C'est là que le problème devient concret. Le DSI d'une ETI industrielle ou d'une société de services se retrouve souvent dans une position paradoxale : il a migré une partie substantielle de son SI vers le cloud public — parfois sous pression de la direction générale, parfois par conviction — et se retrouve aujourd'hui avec une facture qui augmente, des contrats qu'il ne peut pas renégocier facilement, et une dépendance technique qui rend la sortie coûteuse.
Les coûts de sortie — les fameux *egress fees* — sont un sujet en soi. Transférer de grandes volumétries de données hors d'un cloud public vers un autre environnement n'est pas gratuit. Cette mécanique tarifaire n'est pas un hasard : elle est conçue pour rendre le changement de fournisseur suffisamment douloureux pour que la plupart des entreprises y renoncent.
L'autre réalité que les DSI d'ETI commencent à mesurer, c'est la complexité de la facture elle-même. Le modèle de tarification des hyperscalers est d'une opacité redoutable. Les lignes de facturation se multiplient, les services se combinent, et il devient difficile de savoir exactement pour quoi on paie. Des équipes entières de *FinOps* existent dans les grandes entreprises pour gérer ce problème. Dans une ETI, cette expertise est rare.
L'infrastructure souveraine : une option sérieuse, pas un slogan
Le mot « souverain » a été tellement utilisé à des fins marketing ces dernières années qu'il en a perdu une partie de sa substance. Il faut le reprendre avec rigueur.
Concrètement, pour un DSI d'ETI, la question n'est pas idéologique. Elle est opérationnelle : existe-t-il des alternatives crédibles, stables et économiquement pertinentes aux hyperscalers américains pour les charges de travail qui constituent le cœur de son SI ?
La réponse est de plus en plus souvent : oui, pour une partie significative des usages.
OVHcloud, à cet égard, est l'acteur européen le plus mature sur le segment des ETI. Son offre couvre les cas d'usage les plus courants — hébergement, stockage objet, bases de données managées, environnements Kubernetes — avec une facturation en euros, des datacenters localisés en Europe et une structure de coûts prévisible. Ce n'est pas la même profondeur de catalogue qu'AWS, et personne ne prétend le contraire. Mais pour une ETI qui n'utilise pas les 200 services d'un hyperscaler, la question mérite d'être posée sérieusement.
Iliad/Free Pro, côté infrastructure bare metal et hébergement dédié, représente une autre option pour les organisations qui cherchent à reprendre le contrôle sur leurs couches basses, notamment pour des workloads sensibles ou des environnements de données réglementés.
Il faut cependant résister à la tentation du grand soir souverain. Tout migrer d'un coup vers une infrastructure alternative au motif que c'est européen serait une erreur aussi stratégique que de tout avoir mis chez un seul hyperscaler américain. La question est celle du bon équilibre et de la bonne allocation des workloads.
Penser par workloads, pas par idéologie
Le conseil le plus utile qu'on puisse donner à un DSI d'ETI en 2026, ce n'est pas de choisir un camp. C'est de cartographier sérieusement ce qu'il a dans le cloud et de se poser trois questions pour chaque charge de travail.
Première question : quelle est la sensibilité de la donnée ? Les données clients, les données financières, les propriétés industrielles — selon votre secteur, leur localisation et leur gouvernance peuvent avoir des implications réglementaires (RGPD, NIS2, secteurs régulés). Ce n'est pas une question abstraite.
Deuxième question : quelle est la portabilité réelle ? Avez-vous utilisé des services managés propriétaires qui vous rendent structurellement dépendant de ce cloud ? Des fonctions Lambda, des bases de données propriétaires, des services d'identité intégrés ? Si oui, la sortie est techniquement complexe, pas seulement commercialement. C'est une information qu'il vaut mieux avoir maintenant que lors d'une prochaine renégociation contractuelle.
Troisième question : quel est le vrai coût total ? Pas le coût affiché sur la console, mais le coût réel incluant la bande passante sortante, les services annexes, les licences associées, et le temps homme consacré à gérer la complexité de facturation. Cet exercice est inconfortable, mais nécessaire.
Une fois cette cartographie faite, beaucoup de DSI d'ETI découvrent que leur parc cloud public se divise en réalité en trois catégories : des workloads pour lesquels le cloud public reste la meilleure option (élasticité forte, usage intermittent), des workloads pour lesquels une infrastructure européenne ou on-premise serait plus pertinente et moins chère à l'usage, et une zone grise qu'il faut analyser au cas par cas.
C'est cette segmentation qui devrait guider la stratégie, pas une posture politique.
La fenêtre de négociation : une réalité contractuelle à ne pas ignorer
Un point pratique que les DSI sous-estiment souvent : les contrats cloud ont des cycles. Les engagements annuels ou pluriannuels arrivent à échéance, et c'est le seul moment où vous avez vraiment du levier. En dehors de ces fenêtres, vous renégociez en position de faiblesse.
Si votre contrat arrive à échéance dans les douze à dix-huit prochains mois, vous êtes dans la période de préparation idéale. Pas pour quitter nécessairement votre fournisseur actuel, mais pour négocier avec des alternatives crédibles sur la table. Un hyperscaler qui sait que vous avez sérieusement étudié une migration partielle vous parlera différemment.
Cela suppose d'avoir fait le travail de cartographie en amont, d'avoir identifié des alternatives réalistes, et d'être capable de montrer que votre menace de diversification n'est pas du bluff. C'est un exercice de préparation commerciale et technique à la fois.
En guise de conclusion : la question du confort intellectuel
Il y a une forme de confort intellectuel à rester chez les grands hyperscalers américains. Ils sont familiers, leurs équipes commerciales sont présentes, la documentation est abondante, les certifications de vos équipes y font référence. Et en cas de problème, vous pouvez toujours expliquer à votre direction générale que vous avez fait comme tout le monde.
Mais « faire comme tout le monde » est rarement une stratégie. Et en 2026, avec des factures qui augmentent, une géopolitique qui se tend et un cadre réglementaire européen qui se renforce, les DSI d'ETI qui n'ont pas commencé à poser ces questions risquent de se retrouver dans des arbitrages budgétaires difficiles — sans avoir eu le temps de préparer une alternative.
La vraie question n'est pas « faut-il quitter le cloud américain ? » — elle est trop binaire pour être utile. La vraie question est : « Avez-vous délibérément choisi votre architecture cloud, ou l'avez-vous subie au fil des ans ? »
La réponse à cette question dit beaucoup sur la marge de manœuvre qui vous reste.
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