Élections 2026 : les DSI ont des questions, les candidats ont des comptes à rendre
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# Élections 2026 : les DSI ont des questions, les candidats ont des comptes à rendre
Il y a quelque chose d'absurde dans la séquence politique que nous vivons. Les candidats à la présidentielle 2026 s'affrontent sur la réindustrialisation, l'énergie, la défense. Et pendant ce temps, les budgets IT des PME et ETI françaises continuent de s'écouler, trimestre après trimestre, vers des plateformes dont les serveurs sont américains, les conditions générales régies par le droit américain, et les tarifs fixés unilatéralement à Seattle ou San Francisco.
Personne ne pose la question. Il est temps que quelqu'un la pose.
Le vrai sujet budgétaire que la campagne ignore
Quand un DSI d'ETI parle de souveraineté numérique, il ne parle pas d'un concept philosophique. Il parle d'une réalité très concrète : une part croissante de son budget opérationnel échappe à sa maîtrise. Les hausses tarifaires des hyperscalers américains ne sont pas soumises à négociation. Les contrats sont renouvelables selon des calendriers que l'éditeur impose. La dépendance fonctionnelle — quand votre CRM, votre messagerie, votre infrastructure cloud et votre outil de collaboration sont chez le même acteur américain — vous place dans une position où toute renégociation est une fiction.
Ce n'est pas de la paranoïa. C'est de la gestion des risques.
Et pourtant, aucun programme électoral ne traite cette réalité à hauteur de ce qu'elle représente économiquement pour les entreprises françaises et européennes. On parle d'IA souveraine en termes vagues. On cite quelques initiatives nationales comme des totems. Mais personne ne s'engage sur les mécanismes concrets qui permettraient aux organisations de se désengager progressivement d'une dépendance structurelle.
Ce que je veux entendre — et qu'on n'entend pas
Il faut être direct : un candidat sérieux sur ce sujet devrait être capable de répondre à trois questions précises.
Première question : les marchés publics comme levier. La commande publique représente un volume considérable de contrats IT. Aujourd'hui, des administrations centrales, des collectivités, des hôpitaux continuent de renouveler des contrats avec des acteurs dont les données peuvent théoriquement être soumises au Cloud Act américain. Qu'est-ce qu'un candidat propose concrètement pour inverser cette tendance ? Pas une déclaration d'intention — un mécanisme, un calendrier, une obligation.
Deuxième question : le financement de la transition. Migrer d'un environnement applicatif tout-américain vers une architecture diversifiée, avec des acteurs européens crédibles, ça coûte. En temps, en formation, en intégration. Une PME de deux cents personnes ne peut pas absorber seule ce coût de transition. Existe-t-il un dispositif — fiscal, subventionnel, ou via les régions — pour accompagner cette bascule ? Ou est-ce que la souveraineté numérique reste un luxe réservé aux grands groupes qui ont les équipes pour le faire ?
Troisième question : la réciprocité dans les appels d'offres. Nos concurrents américains bénéficient sur leur marché domestique de préférences nationales explicites ou implicites dans les achats technologiques publics. L'Europe, elle, applique des règles de concurrence qui traitent un acteur californien et une scale-up allemande à égalité parfaite. Ce déséquilibre est documenté, connu, et politiquement évitable. Que propose-t-on ?
L'opportunité que la campagne devrait voir
Je ne dis pas que la réponse est le repli ou le protectionnisme naïf. Je dis que l'écosystème européen — et en particulier français — a aujourd'hui des acteurs crédibles sur des segments critiques : infrastructure cloud, sécurité, gestion documentaire, outils collaboratifs. Ces acteurs peinent à convaincre des DSI qui n'ont pas de signal politique fort leur indiquant que le virage est pris collectivement.
Le marché ne se retournera pas seul. Les grandes transitions industrielles n'ont jamais été le fruit du seul choix individuel des acheteurs. Il faut un cadre, un signal, une orientation.
En 2026, les DSI sont prêts à entendre ce signal. Ils ont les budgets contraints, la mémoire des hausses tarifaires non négociées, et une conscience accrue du risque de dépendance. Ce qu'ils n'ont pas encore, c'est un candidat qui leur parle d'égal à égal sur ces sujets — sans jargon, sans promesse vague, avec des engagements vérifiables.
Ma conviction
La souveraineté numérique n'est pas un sujet technique. C'est un sujet économique, industriel et de politique étrangère. Tout candidat qui prétend sérieusement à la direction du pays en 2026 devrait être capable de défendre une position claire sur la dépendance de nos organisations aux plateformes américaines.
Sinon, c'est qu'il n'a pas compris où se joue une partie de notre autonomie stratégique. Ou qu'il a décidé de ne pas regarder.
Dans les deux cas, les DSI méritent de le savoir avant de voter.
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