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Données de ranking Google ouvertes : l'Europe a enfin une carte à jouer — si elle s'en saisit

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# Données de ranking Google ouvertes : l'Europe a enfin une carte à jouer — si elle s'en saisit

*En 2026, sous la pression combinée du Digital Markets Act et d'une décision de justice européenne, l'acteur américain dominant s'est vu contraint de rendre accessibles une partie de ses signaux de ranking aux acteurs du marché européen. Une brèche historique — que peu d'entreprises savent encore comment exploiter. Entretien avec un DSI d'ETI industrielle qui a décidé, lui, de ne pas laisser passer l'occasion.*


RiffLab : Quand vous avez appris que Google allait devoir partager ses données de ranking, quelle a été votre première réaction ?

Franchement ? De la méfiance. Pas de l'enthousiasme. Quand une entreprise qui a bâti son empire sur l'opacité est contrainte à la transparence, on ne crie pas victoire trop vite. On se demande ce qu'elle choisit de montrer, ce qu'elle continue de cacher, et surtout : qui va réellement lire ces données et les comprendre ? Parce que si les seuls capables d'interpréter les signaux de ranking sont des agences américaines ou des consultants formés aux outils propriétaires de l'acteur américain lui-même, on n'a pas gagné grand-chose. On a juste déplacé la dépendance.

Ma première décision a donc été de ne pas externaliser l'analyse. De la ramener en interne. Et ça, c'est un choix organisationnel fort, pas une décision technique.


RiffLab : Concrètement, qu'est-ce que cette obligation de partage change pour une ETI comme la vôtre ?

Ça change la nature de la relation. Jusqu'ici, notre visibilité en ligne dépendait entièrement de règles que nous ne connaissions pas, gérées par un acteur que nous ne pouvions pas auditer, via des prestataires SEO qui eux-mêmes travaillaient à l'aveugle. C'était une triple boîte noire.

Là, pour la première fois, on a accès à des signaux réels — pas parfaits, pas exhaustifs, mais réels. On peut commencer à construire une compréhension interne de ce qui fait qu'une page est visible ou non. Ce n'est pas une révolution technologique. C'est une révolution de gouvernance. Et c'est ça qui m'intéresse.

Je pense que les DSI qui voient ça uniquement comme un sujet marketing ratent quelque chose d'important. C'est un sujet de souveraineté informationnelle. La façon dont votre contenu est — ou n'est pas — distribué par un acteur tiers américain, c'est de la dépendance structurelle. Point.


RiffLab : Vous parlez de ramener ça en interne. Mais quelles compétences faut-il réellement développer ? Beaucoup d'entreprises n'ont tout simplement pas les profils.

C'est la vraie question, et je vais être direct : non, vous n'avez probablement pas les profils aujourd'hui. Mais les profils dont vous avez besoin ne sont pas ceux qu'on vous vend habituellement.

On n'a pas besoin d'une armée de « experts SEO » formatés aux certifications Google. On a besoin de trois choses très différentes : des gens capables de lire et d'interpréter des données structurées — c'est de l'analyse, pas de la magie ; des gens qui comprennent la sémantique et la structuration du contenu dans une logique européenne, c'est-à-dire multilingue, multiculturelle, conforme au RGPD dans ses usages ; et des profils capables de questionner les biais d'un algorithme tiers. C'est presque une posture d'audit.

Ces compétences existent déjà en partie dans vos équipes — chez vos analystes data, vos responsables contenus, vos juristes SI. Ce que je propose, c'est de les croiser, pas de recruter un « spécialiste Google » de plus qui sera par définition dépendant de la roadmap de l'acteur américain.


RiffLab : Cette dépendance aux prestataires US dont vous parlez — elle est vraiment si profonde dans le secteur ?

Oui, et personne n'aime se l'entendre dire. On a collectivement laissé se construire une chaîne de valeur où les agences SEO européennes elles-mêmes sont dépendantes des outils d'analyse américains, des APIs américaines, des certifications américaines. Quand Google change une règle, tout le monde attend la mise à jour des outils tiers pour comprendre ce qui s'est passé. Ce n'est plus de l'expertise, c'est de la médiation passive.

Il existe des acteurs européens — je pense notamment à des outils d'analyse sémantique développés en France et en Allemagne qui commencent à intégrer ces nouveaux flux de données — qui permettent de construire une lecture indépendante. Ce n'est pas parfait, l'écosystème est encore fragmenté, mais il faut soutenir ces acteurs maintenant, pas quand ils auront disparu faute de clients.

Et il faut aussi avoir l'honnêteté de dire à son COMEX : si on continue à mesurer notre performance digitale uniquement avec des outils américains, on ne sera jamais en capacité d'évaluer objectivement notre dépendance à l'acteur américain. C'est un angle mort de gouvernance.


RiffLab : Sur la gouvernance justement — comment structurez-vous la décision en interne ? Qui pilote ce sujet chez vous ?

J'ai fait un choix qui surprend souvent : ce n'est pas la Direction Marketing qui pilote. Ce n'est pas non plus une agence externe. C'est une cellule transversale que j'anime directement, avec la Responsable Données, la Directrice Contenus et notre DPO.

Pourquoi le DPO ? Parce que dès qu'on parle de données de comportement utilisateur couplées à des signaux de ranking, on est dans une zone de friction RGPD potentielle. Et je préfère anticiper que subir.

Cette cellule a un mandat simple : construire une doctrine interne sur la visibilité numérique qui ne dépende pas d'une mise à jour d'algorithme que nous n'avons pas décidée. On cartographie nos dépendances, on teste des alternatives, on documente. Ce n'est pas glamour, mais c'est de la résilience opérationnelle.

Je pense que tout DSI d'ETI devrait avoir ce réflexe : avant de se demander comment exploiter une ouverture de données, se demander qui, dans mon organisation, sera capable de lire ces données dans dix ans si le prestataire actuel disparaît ou double ses prix.


RiffLab : Une dernière question — est-ce que vous êtes optimiste sur la capacité des entreprises européennes à saisir cette opportunité, ou pensez-vous qu'on va encore laisser les GAFAM définir les règles du jeu ?

Je suis lucide, pas pessimiste. La lucidité, c'est de reconnaître que la fenêtre est étroite. Les données de ranking ouvertes, c'est une contrainte imposée à l'acteur américain par la régulation européenne — et il fera tout pour réduire la portée réelle de cette contrainte au fil du temps. Ce n'est pas un cadeau, c'est un rapport de force provisoirement favorable.

La question n'est donc pas « est-ce qu'on a le temps ? ». La question, c'est « est-ce qu'on a la volonté organisationnelle ? ». Et là, franchement, je vois encore trop d'entreprises qui attendent que leurs prestataires habituels leur proposent une nouvelle offre packagée — une offre qui sera, sans surprise, construite sur les mêmes dépendances qu'avant, avec un habillage « souverain » de façade.

Il faut arrêter d'attendre que la souveraineté numérique soit un service qu'on achète. C'est une compétence qu'on construit, une gouvernance qu'on assume, une décision politique interne qu'on prend. Et ça commence maintenant, pas quand le prochain algorithme aura tout rebattu.

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