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Dataiku sur Scaleway : souveraineté IA ou simple opération de communication ?

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# Dataiku sur Scaleway : souveraineté IA ou simple opération de communication ?

L'annonce fait belle figure dans les discours de conférence : Dataiku, la plateforme d'IA française devenue licorne à coup de levées américaines, s'affiche désormais disponible sur Scaleway, l'infrastructure cloud du groupe Iliad. Le message est clair, ou veut l'être — les ETI européennes peuvent enfin construire leur stack IA sans dépendre des hyperscalers américains. Avant de s'emballer, il faut poser les questions qui dérangent.

L'argument budgétaire mérite d'être décortiqué

La promesse économique est le premier levier de séduction de ce type de partenariat. Échapper à AWS, Azure ou Google Cloud, c'est théoriquement échapper à leur modèle tarifaire — des grilles complexes, des coûts d'egress qui pénalisent ceux qui veulent partir, et une tendance bien documentée à la hausse des prix une fois l'adhérence technique installée.

Sur ce point, Scaleway offre une alternative réelle : une tarification lisible, des engagements contractuels soumis au droit européen, une infrastructure physiquement localisée sur le continent. Pour un DSI d'ETI qui gère un budget IT sous contrainte et qui commence à voir ses factures cloud gonfler sans visibilité, ce n'est pas rien.

Mais la vraie question budgétaire n'est pas là. Elle est dans le coût total d'usage de Dataiku lui-même. La plateforme s'adresse historiquement aux grandes entreprises. Son modèle de licensing — même reconditionné pour des profils mid-market — reste une ligne de dépense significative. Changer d'infrastructure cloud ne change pas cette équation. Une ETI qui migre d'Azure vers Scaleway pour faire tourner Dataiku économise sur l'hébergement, pas sur la licence logicielle. Ce sont deux postes budgétaires distincts, et les confondre revient à se laisser porter par un argument marketing.

La dépendance se déplace, elle ne disparaît pas

C'est le point aveugle de ce type de partenariat, et il faut le nommer clairement. La souveraineté numérique n'est pas un état binaire — on ne passe pas d'une dépendance totale à une indépendance totale par la signature d'un accord commercial entre deux acteurs privés.

Dataiku reste une entreprise dont le capital et la gouvernance sont largement influencés par des investisseurs américains. Ses roadmap produit, ses décisions d'architecture, ses conditions générales d'utilisation évoluent selon une logique qui n'est pas celle des intérêts européens. Héberger Dataiku sur Scaleway règle le problème de la localisation des données — ce qui est déjà substantiel, soyons honnêtes — mais ne règle pas la question de la dépendance fonctionnelle à un éditeur dont le centre de gravité stratégique n'est pas en Europe.

Pour un RSSI qui doit justifier ses choix d'architecture devant son comité de direction, la distinction est fondamentale. La conformité RGPD s'améliore. Le risque de lock-in applicatif, lui, demeure entier.

Ce que ce mouvement révèle réellement

Il serait injuste de balayer l'initiative d'un revers de main. Ce partenariat révèle quelque chose d'important : il existe désormais un marché européen de l'IA d'entreprise suffisamment mature pour que des acteurs structurants cherchent à se positionner dessus avec un discours souverainiste. C'est un signal de maturité, pas une anecdote.

Pour les ETI européennes, cela crée concrètement une option supplémentaire — et les options ont une valeur économique réelle dans une négociation avec un hyperscaler américain. Un DSI qui peut crédiblement dire à son account manager AWS qu'il étudie une migration vers une stack européenne dispose d'un levier qu'il n'avait pas il y a trois ans.

Ce que ce mouvement ne révèle pas, en revanche, c'est un changement de paradigme. Les hyperscalers américains continuent d'investir à une échelle que ni Scaleway ni aucun acteur européen ne peut égaler à court terme. L'écart de puissance brute n'a pas disparu. Il a simplement été partiellement compensé par une offre alternative crédible sur des cas d'usage ciblés.

La vraie question pour les décideurs IT

Elle est stratégique avant d'être technique. Une ETI qui envisage ce type de configuration doit se demander ce qu'elle entend exactement par « reprendre la main » sur son IA. Si l'objectif est de sécuriser la localisation des données et de réduire l'exposition aux clauses extraterritoriales américaines — Cloud Act en tête — l'approche Dataiku sur Scaleway répond partiellement au problème. Si l'objectif est de sortir d'une logique de dépendance applicative, il faudra aller plus loin : évaluer des alternatives open source, regarder ce que des éditeurs européens plus modestes construisent sur des modèles de licensing moins engageants.

La souveraineté numérique n'est pas un produit qu'on achète. C'est une direction qu'on choisit — et qui se mesure sur plusieurs années de décisions d'architecture, pas sur une annonce de partenariat.

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