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Cloud hybride : arrêtons de payer pour notre propre dépendance

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# Cloud hybride : arrêtons de payer pour notre propre dépendance

Il y a quelque chose d'absurde dans la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui la plupart des DSI de PME et ETI européennes. Nous avons migré nos données vers des infrastructures américaines au nom de la flexibilité, de l'agilité, de la scalabilité — toutes ces promesses des années 2015-2020 qui sonnaient comme une évidence. Et nous voilà en 2026, à payer chaque trimestre un peu plus cher pour accéder à nos propres données, à négocier en position de faiblesse des contrats que nous ne comprenons qu'à moitié, et à constater que l'élasticité promise s'applique surtout... à la hausse des tarifs.

Je vais poser la question qui dérange : à quel moment avons-nous décidé que la maîtrise de notre système d'information était une option et non une exigence stratégique ?

Le piège économique que personne ne veut nommer

Le modèle économique des hyperscalers américains est, il faut le dire clairement, un modèle de capture. On entre par la petite porte — un service de stockage ici, une brique d'IA là, un outil de collaboration pour faire bonne mesure — et on se retrouve, trois ans plus tard, avec une dépendance architecturale profonde et une facture qui grimpe de façon structurelle.

Ce n'est pas une théorie du complot. C'est de la mécanique économique élémentaire. Plus vous intégrez de services d'un même acteur, plus le coût de sortie augmente. Et quand le coût de sortie est suffisamment élevé, l'acteur dominant peut ajuster ses prix sans craindre l'attrition. Les DSI le savent. Les directeurs financiers commencent à le comprendre. Mais combien d'organisations ont encore formalisé ce risque dans leur cartographie budgétaire ?

La réalité des budgets IT en 2026, c'est que la ligne « cloud » a gonflé de façon parfois spectaculaire dans les trois dernières années, sans que la valeur délivrée ait suivi la même courbe. On paye plus. On dépend davantage. Et on appelle ça de la transformation numérique.

Le cloud hybride n'est pas une solution magique. Mais c'est une porte de sortie.

L'approche hybride — combinaison d'infrastructures on-premise ou en colocation et de cloud privé européen — est souvent présentée comme un compromis technique. Je refuse cette lecture. C'est d'abord une décision économique et politique.

Reconstituer une capacité d'hébergement souveraine, même partielle, c'est se redonner du levier de négociation. Ce n'est pas romantique, ce n'est pas idéologique : c'est du bon sens budgétaire. Quand une partie critique de votre SI peut fonctionner sans dépendre d'un acteur américain dont vous ne maîtrisez ni la roadmap tarifaire, ni les décisions réglementaires américaines qui s'imposent à lui — et donc à vous —, vous avez reconstitué une position de force.

Prenons un exemple concret, sans citer de tarifs inventés : plusieurs ETI industrielles françaises et allemandes que j'ai eu l'occasion d'observer ont engagé en 2024-2025 des démarches de rapatriement partiel de leurs données les plus sensibles vers des infrastructures hébergées en Europe, chez des opérateurs soumis exclusivement au droit européen. Le résultat, deux ans après, n'est pas un retour en arrière technologique. C'est une structure de coût partiellement dérisquée, une capacité de négociation retrouvée sur les services cloud américains maintenus en périphérie, et une conformité réglementaire simplifiée — notamment sur les flux de données transfrontaliers, sujet que le RGPD et ses évolutions récentes ont encore complexifié.

Ce que Scaleway fait que beaucoup refusent encore de voir

Je vais citer un acteur, parce que le débat ne peut pas rester dans l'abstraction. Scaleway, filiale du groupe Iliad, a structuré depuis plusieurs années une offre de cloud souverain qui couvre aujourd'hui des cas d'usage que beaucoup de DSI pensaient réservés aux hyperscalers. Infrastructure as a Service, environnements managés, capacités d'IA entraînées sur des modèles ouverts, hébergement exclusivement européen.

Est-ce que c'est parfait ? Non. Est-ce que l'écosystème de partenaires et d'intégrateurs est aussi mature que celui construit autour des acteurs américains en vingt ans ? Clairement pas encore. Mais la question pertinente n'est pas « est-ce que l'alternative européenne est aussi riche que l'offre dominante américaine ? » La question pertinente est : « quel niveau de dépendance suis-je prêt à accepter, et à quel prix ? »

Ces deux questions n'ont pas la même réponse pour toutes les organisations. Mais elles méritent d'être posées explicitement, dans les comités de direction, avec les DAF, pas seulement dans les équipes techniques.

La vraie question budgétaire que les DSI évitent

Voici ce que j'entends trop peu dans les conversations sur la transformation des SI : quel est le coût réel de notre dépendance actuelle, et comment le comptabilisons-nous ?

Les coûts directs — les factures cloud — sont visibles. Mais les coûts induits le sont beaucoup moins. Le temps passé à adapter vos processus aux contraintes des outils dominants américains. Le coût de mise en conformité réglementaire quand les standards européens évoluent et que votre architecture est enchâssée dans des services qui n'ont aucune obligation de s'y plier rapidement. Le coût de négociation asymétrique quand vous renouvelez un contrat sans vrai levier de sortie. Le coût d'opportunité d'une innovation que vous ne pouvez pas conduire parce que vos données sont dans un format ou un environnement propriétaire.

Ces coûts-là ne figurent dans aucune ligne budgétaire standard. Et c'est précisément pourquoi les décisions de migration vers des acteurs souverains européens semblent toujours plus chères qu'elles ne le sont réellement, comparées à un statu quo dont on ne comptabilise pas le prix véritable.

Ce que 2026 devrait nous avoir appris

Nous avons vu, ces dernières années, des évolutions réglementaires américaines créer des zones de turbulence pour les entreprises européennes hébergées chez des acteurs soumis au droit américain. Nous avons vu des hausses tarifaires significatives intervenir dans des contextes où la dépendance des clients rendait la résistance difficile. Nous avons vu des acquisitions recomposer des offres sans que les clients aient leur mot à dire.

Ce n'est pas de la paranoïa. C'est de l'analyse de risque élémentaire.

Reprendre la maîtrise de son SI ne signifie pas tout rapatrier demain matin. Cela signifie construire une architecture hybride dans laquelle l'Europe — ses acteurs, ses règles, ses juridictions — n'est pas la variable d'ajustement mais le socle.

La souveraineté numérique n'est pas un concept abstrait réservé aux États. C'est une ligne de défense budgétaire, stratégique et opérationnelle pour chaque organisation qui veut encore décider, dans dix ans, de ce qu'elle fait de ses données.

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