Clara Chappaz à l'Élysée : l'attractivité numérique européenne, levier de désendettement technologique pour les ETI
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# Clara Chappaz à l'Élysée : l'attractivité numérique européenne, levier de désendettement technologique pour les ETI
Pourquoi cet article vous concerne, même si vous n'avez pas suivi l'actualité politique
En 2026, Clara Chappaz occupe une position inédite à l'Élysée : elle pilote l'agenda numérique français avec un mandat explicitement orienté vers l'attractivité des acteurs technologiques européens. Concrètement, cela se traduit par des signaux réglementaires, fiscaux et contractuels qui commencent à atteindre les directions informatiques des ETI — les entreprises de taille intermédiaire, celles qui emploient entre 250 et quelques milliers de salariés.
Ces signaux ne font pas la une. Ils n'arrivent pas en une seule annonce. Mais ils changent, progressivement, les règles du jeu budgétaire pour votre SI. Voici comment une ETI industrielle les a vécus — et ce que vous pouvez en tirer.
Le cas concret : une ETI industrielle de 800 salariés, coincée entre deux époques
Cette entreprise fabrique des équipements techniques pour le secteur de l'énergie. Elle emploie 800 personnes, réparties sur trois sites en France et un en Allemagne. Son DSI — Directeur des Systèmes d'Information — a construit son infrastructure progressive au fil des années, en suivant les offres dominantes du marché.
Résultat en 2025 : la majorité de ses outils de collaboration, de stockage et d'analyse de données reposaient sur des offres d'acteurs américains. Pas par idéologie. Par pragmatisme historique : ces outils étaient là, bien packagés, avec un support commercial actif.
Le problème est apparu lors du renouvellement des contrats. Les conditions tarifaires avaient changé. Les clauses de localisation des données — c'est-à-dire les règles qui précisent où vos données sont physiquement stockées et sous quelle juridiction — étaient devenues plus floues. Et les coûts de sortie, c'est-à-dire ce qu'il faudrait payer pour récupérer ses données et migrer vers autre chose, avaient mécaniquement augmenté avec les volumes.
Le DSI s'est retrouvé dans une position classique : dépendant sans l'avoir vraiment décidé.
Ce que l'agenda Chappaz change concrètement pour ce type de situation
1. Un signal politique qui devient levier de négociation interne
Première conséquence concrète : l'agenda politique facilite les arbitrages internes. Quand un DSI défend une migration vers un acteur européen en comité de direction, il doit aujourd'hui justifier un effort de transition — en temps, en coût, en risque. C'est un combat difficile.
L'accélération des politiques d'attractivité numérique portées par Chappaz produit un effet indirect mais réel : elle légitime politiquement la conversation. Le DSI de notre ETI industrielle l'a formulé simplement en comité de direction : *« Ce n'est plus seulement une question de préférence technique, c'est aligné avec la direction que prend la réglementation européenne. »*
Ce changement de cadrage a débloqué une enveloppe d'audit stratégique — une revue formelle de la dépendance technologique de l'entreprise — que le DSI demandait depuis deux ans.
2. Des aides et dispositifs qui commencent à avoir une traduction budgétaire
L'attractivité numérique européenne ne se résume pas à un discours. En 2026, plusieurs dispositifs — portés par la French Tech, co-financés par des mécanismes européens issus du programme Europe numérique — permettent à des ETI de financer une partie des coûts d'audit et de transition vers des solutions qualifiées SecNumCloud.
SecNumCloud, c'est la qualification délivrée par l'ANSSI — l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information — qui certifie qu'un service cloud répond à des exigences strictes de sécurité et de localisation des données sur le territoire européen, hors de portée du droit extraterritorial américain (notamment le CLOUD Act, une loi américaine qui peut contraindre les entreprises US à transmettre des données à des autorités américaines, même si ces données sont stockées en Europe).
L'ETI a pu financer une partie de son audit de dépendance via ce type de dispositif. Ce n'est pas une révolution budgétaire. Mais c'est un premier signal que la migration vers des acteurs européens qualifiés n'est plus seulement un coût, elle peut aussi être partiellement subventionnée.
3. Le risque tarifaire des hyperscalers devient un argument financier à part entière
Les hyperscalers — c'est le terme utilisé pour désigner les géants du cloud américain — ont une caractéristique structurelle que beaucoup de DSI sous-estiment encore : leurs tarifs ne sont pas fixes. Ils évoluent selon leur stratégie commerciale, leurs propres coûts d'infrastructure, et surtout selon votre niveau de dépendance.
Plus vous êtes intégré dans leur écosystème — données, identités, workflows, automatisations —, moins vous avez de pouvoir de négociation. C'est ce que les économistes appellent le lock-in, ou enfermement propriétaire.
L'ETI industrielle a réalisé, lors de son audit, que son coût réel de migration — c'est-à-dire ce qu'il faudrait mobiliser en temps humain, en reconfigurations et en formation pour sortir de l'écosystème dominant — représentait plusieurs mois de charges IT. Ce chiffre, mis sur la table en comité de direction, a changé la perception du « confort » offert par l'acteur américain.
Le risque tarifaire, lui, est désormais documenté dans les rapports de la Commission européenne et dans les analyses de l'ARCEP — l'autorité française de régulation des communications. Il ne s'agit pas d'un fantasme souverainiste : c'est un risque financier mesurable, qui doit figurer dans tout plan budgétaire IT sérieux.
Ce que l'ETI a fait — et ce que vous pouvez en tirer
L'ETI n'a pas tout migré du jour au lendemain. Ce serait irréaliste et contre-productif. Elle a adopté une approche par couches.
Première couche : identifier les données les plus sensibles. Pas toutes les données — les données stratégiques : plans industriels, données clients, propriété intellectuelle. Ces données ont été les premières à migrer vers un hébergement qualifié SecNumCloud, chez un opérateur européen. Cela représente un sous-ensemble limité du SI global, mais un sous-ensemble à haute valeur.
Deuxième couche : renégocier les contrats en position de force relative. Avoir identifié ses coûts de sortie, et avoir commencé une migration partielle, a donné au DSI un levier de négociation nouveau lors du renouvellement de ses contrats avec l'acteur américain. Pas un levier illimité — mais suffisant pour obtenir des conditions plus claires sur la localisation des données et un gel tarifaire à court terme.
Troisième couche : former les équipes, pas les remplacer. La résistance au changement dans les équipes IT vient souvent de la familiarité avec les outils en place. L'ETI a investi dans la formation de ses administrateurs système sur les environnements alternatifs européens, plutôt que d'externaliser la migration. Résultat : une montée en compétences interne qui réduit à terme la dépendance aux intégrateurs.
Ce que cela ne règle pas — et pourquoi c'est important à dire
L'agenda Chappaz et les politiques d'attractivité européenne ne sont pas une baguette magique. Plusieurs points de friction subsistent.
La maturité des offres européennes n'est pas homogène. Sur certains segments — la collaboration en temps réel, certains outils d'IA appliquée à des cas métiers industriels — l'offre européenne qualifiée reste plus limitée que l'offre dominante américaine. Le DSI de l'ETI le dit sans détour : *« Sur deux ou trois usages, on n'a pas encore trouvé d'équivalent européen qui réponde à notre niveau d'exigence opérationnelle. »*
De même, les dispositifs d'aide restent complexes à activer. Les dossiers demandent du temps, et les ETI n'ont pas toutes un chef de projet disponible pour les monter.
Ces limites ne doivent pas décourager. Elles doivent simplement calibrer les attentes : la souveraineté numérique d'une ETI se construit sur plusieurs exercices budgétaires, pas en un trimestre.
La conclusion transférable
Ce que l'agenda Chappaz produit, concrètement, pour une ETI industrielle en 2026, ce n'est pas une solution clé en main. C'est une fenêtre d'opportunité : politique, réglementaire, et partiellement financière.
Les DSI et CTO qui sauront lire ces signaux — et les traduire en arguments budgétaires concrets devant leur comité de direction — sont ceux qui sortiront de cette décennie avec un SI moins dépendant, moins exposé aux hausses tarifaires unilatérales, et plus conforme aux exigences réglementaires européennes qui se durcissent.
La question n'est plus de savoir si la pression réglementaire et tarifaire sur les acteurs américains va s'accentuer. Elle va s'accentuer. La vraie question est : votre organisation est-elle en train de subir cette transition, ou de la piloter ?
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