Almond s'implante en Europe : la cybersécurité enfin souveraine face aux géants américains
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Almond s'implante en Europe : la cybersécurité enfin souveraine face aux géants américains
Pendant des années, la question de la souveraineté en cybersécurité a surtout produit des colloques et des livres blancs. En 2026, elle commence à produire des faits. L'extension européenne d'Almond — acteur français de la cybersécurité issu de la fusion entre Synetis et Almond — en est un signe concret, même si la prudence reste de mise avant de crier victoire.
Ce qui s'est passé, et pourquoi maintenant
Almond, qui s'est construit sur le conseil, l'intégration et le MSSP (Managed Security Service Provider) en France, accélère son déploiement sur le sol européen. L'entreprise, déjà présente sur plusieurs marchés via des acquisitions ciblées, structure désormais une offre explicitement pensée pour les entreprises qui veulent s'émanciper — au moins partiellement — d'une dépendance aux grands acteurs américains pour leurs opérations de sécurité.
Le timing n'est pas anodin. Plusieurs facteurs se sont alignés ces derniers mois pour rendre ce mouvement à la fois logique et urgent.
D'abord, le contexte réglementaire. La directive NIS2, entrée en application fin 2024, a élargi le périmètre des organisations soumises à des obligations renforcées en matière de cybersécurité. Des milliers de PME et ETI européennes se retrouvent désormais dans le scope, souvent sans les ressources internes pour y répondre. Elles ont besoin de prestataires. Et elles ont besoin de prestataires qualifiés — idéalement certifiés PRIS (Prestataires de Réponse aux Incidents de Sécurité) ou labellisés par leurs autorités nationales respectives.
Ensuite, le contexte géopolitique. Les tensions commerciales et technologiques entre les États-Unis et l'Europe ont mis sur la table une question que beaucoup évitaient : confier l'opération de son SOC, la détection de ses incidents, voire la réponse à des cyberattaques, à une entreprise dont les données et les équipes sont soumises au Cloud Act américain, est-ce vraiment neutre ? La réponse n'est pas binaire, mais la question mérite d'être posée sérieusement — pas comme un argument marketing, mais comme une variable de gestion des risques.
Enfin, le marché lui-même. CrowdStrike, Palo Alto Networks, Microsoft Sentinel dominent les budgets de sécurité des grandes entreprises. Mais pour une ETI industrielle belge, un groupe de distribution espagnol ou un prestataire de santé néerlandais, ces plateformes sont souvent surdimensionnées, complexes à opérer, et déployées via des partenaires locaux qui n'ont pas toujours la profondeur technique qu'on leur prête. L'espace pour un acteur européen crédible, à taille humaine, existe.
Ce que ça change — et ce que ça ne change pas — pour les DSI
Soyons précis : l'expansion européenne d'Almond ne résout pas tout, et il serait malhonnête de la présenter comme une révolution. Ce que ça change, c'est la disponibilité d'une option.
Concrètement, une ETI qui cherche un MSSP pour externaliser tout ou partie de son SOC a désormais accès à un acteur dont les équipes opèrent en Europe, dont les données restent sur des infrastructures européennes, et dont les références sont construites sur des contextes réglementaires et métiers proches des siens. Ce n'est pas rien. La proximité culturelle et réglementaire compte dans la cybersécurité : un analyste qui comprend les enjeux RGPD, NIS2, ou les spécificités sectorielles de la santé ou de l'industrie en Europe, ce n'est pas la même chose qu'un centre opérationnel aux États-Unis qui applique des playbooks génériques.
Mais attention aux illusions. La souveraineté en cybersécurité est un spectre, pas un interrupteur. Même Almond s'appuie sur des technologies tierces — des SIEM, des EDR, des plateformes de threat intelligence — dont une partie significative reste américaine. Utiliser un MSSP européen ne signifie pas effacer toute dépendance technologique. Ce qui change, c'est l'opérateur, le contrat, la juridiction applicable, la localisation des données d'analyse. C'est déjà substantiel, mais ce n'est pas une muraille.
Il y a aussi la question de la maturité des offres hors de France. Almond a construit sa réputation sur le marché français, où sa légitimité technique est reconnue. L'extension européenne implique de recruter, de former, de s'intégrer dans des écosystèmes locaux différents. Les DSI d'autres pays européens feront bien de vérifier concrètement la substance locale des équipes qui les opèrent — pas uniquement la présence d'un bureau et d'un commercial.
La vraie question pour un DSI en 2026
Derrière l'actualité Almond, il y a une question de fond que tout responsable de la sécurité devrait se poser cette année : quelle est ma carte de dépendance ?
Beaucoup de DSI ont une visibilité correcte sur leurs dépendances applicatives ou infrastructurelles. Peu ont cartographié précisément leurs dépendances en cybersécurité : qui opère mon SOC, où sont traitées mes alertes de sécurité, qui a accès à mes logs, sous quelle législation travaillent les équipes qui répondent à mes incidents ?
Ce n'est pas une question idéologique. C'est une question de gestion des risques, exactement comme on évalue la concentration de ses fournisseurs cloud ou la résilience de sa chaîne logistique. En cas d'incident majeur, en cas de tension diplomatique, en cas d'injonction légale d'un gouvernement tiers — que se passe-t-il avec les données que votre prestataire de sécurité traite pour vous ?
Les RSSI qui ont travaillé avec des conseils juridiques sur les implications du Cloud Act savent que la réponse est rarement simple. Elle dépend de l'architecture exacte de la solution, de la nature des données concernées, de la structure juridique du prestataire. Mais ignorer la question n'est plus une option acceptable pour une organisation soumise à NIS2.
Ce que les acteurs comme Orange Cyberdefense ou Thales font depuis plus longtemps
Il faut replacer Almond dans un paysage qui n'est pas vierge. Orange Cyberdefense, filiale du groupe Orange, opère des SOC dans plusieurs pays européens depuis des années. Thales, via sa division cybersécurité, adresse également les grands comptes et certains segments mid-market avec des offres MSSP ancrées en Europe.
Ce que propose Almond, c'est une alternative à ces acteurs-là autant qu'aux américains : une structure plus agile, potentiellement plus accessible pour des PME et ETI de taille intermédiaire qui ne sont pas le cœur de cible des grandes entreprises de défense ou des opérateurs historiques. La question de la taille critique reste posée — dans un secteur où la threat intelligence, la R&D sur les nouvelles menaces et la capacité de réponse à grande échelle requièrent des investissements massifs, les acteurs européens mid-size jouent collectivement une partie difficile.
C'est d'ailleurs pourquoi les partenariats et les initiatives comme Campus Cyber en France, ou les initiatives ENISA au niveau européen pour structurer une filière, importent. Le sujet n'est pas « Almond contre CrowdStrike ». C'est : est-ce que l'écosystème européen de cybersécurité est en train de se structurer suffisamment vite pour rester une option réelle face à des acteurs qui ont dix ans d'avance en capitalisation, en R&D et en empreinte commerciale mondiale ?
Pistes concrètes pour les décideurs qui se posent ces questions
Sans verser dans le catalogue de recommandations génériques, quelques réflexions pratiques :
Commencez par l'audit de dépendance. Avant de changer de prestataire ou de signer quoi que ce soit, cartographiez vos dépendances cybersécurité actuelles. Qui opère quoi, où, sous quelle juridiction. C'est un travail de quelques jours avec votre RSSI et un conseil juridique, et ça vous donnera une base factuelle pour toutes les décisions suivantes.
Qualifiez réellement les prestataires sur leur substance locale. Quand un acteur vous dit « nous avons des équipes en Europe », demandez combien d'analystes SOC sont physiquement dans le pays concerné, où sont traitées vos données d'alertes en temps réel, et qui sont les sous-traitants technologiques utilisés. Les réponses évasives sont un signal.
Intégrez la variable réglementaire dans vos appels d'offres. NIS2 impose des exigences en matière de gestion des incidents, de notification, de chaîne de responsabilité. Vérifiez que votre MSSP peut documenter sa capacité à vous accompagner sur ces obligations, pas seulement opérer la technologie.
Ne faites pas de la souveraineté un dogme. Si votre EDR est SentinelOne et qu'il fonctionne très bien, la question n'est pas de le remplacer coûte que coûte par un équivalent européen hypothétique. La souveraineté pertinente, c'est celle de l'opération, de la data, du contrat — pas nécessairement de chaque brique technologique.
Conclusion : le marché s'ouvre, mais les preuves restent à faire
L'expansion européenne d'Almond est un signal positif pour ceux qui cherchent des alternatives crédibles aux acteurs américains dans la cybersécurité opérationnelle. Elle témoigne d'une maturité croissante de l'écosystème européen, et d'une demande réelle de la part d'organisations qui ne veulent plus subir leurs dépendances sans les avoir choisies.
Mais le signal ne vaut que ce que les actes qui le suivront valent. La question pour les DSI n'est pas de savoir si Almond ou d'autres acteurs européens méritent d'être mis en compétition — ils le méritent. Elle est de savoir comment évaluer rigoureusement leurs promesses, sans naïveté nationaliste ni déférence automatique pour les marques américaines.
En 2026, la cybersécurité souveraine est moins une aspiration qu'un marché en construction. Avec toutes les incertitudes que ça implique — et toutes les opportunités que ça ouvre.
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