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Æther et les AI Gigafactories : 'Enfin un levier budgétaire qui ne profite pas aux Américains'

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# Æther et les AI Gigafactories : 'Enfin un levier budgétaire qui ne profite pas aux Américains'

*En 2026, le Consortium Æther fédère plusieurs États membres autour d'un réseau d'AI Gigafactories destiné à doter l'Europe d'une capacité de calcul souveraine pour l'IA. Pour un DSI de PME industrielle confronté chaque année à la pression tarifaire des acteurs américains, ce n'est pas un signal politique — c'est une opportunité budgétaire concrète. Entretien.*


RiffLab : Quand vous avez entendu parler du Consortium Æther et de ses AI Gigafactories, quelle a été votre première réaction en tant que DSI ?

Franchement ? Du soulagement, mêlé de scepticisme habituel. Chaque année depuis cinq ans, on nous annonce que l'Europe va reprendre la main sur le cloud, sur la donnée, sur l'IA. Et chaque année, mes budgets IT continuent de fuir vers les mêmes acteurs américains, avec des hausses tarifaires que je subis sans pouvoir négocier. Alors oui, j'ai d'abord levé les yeux au ciel.

Mais quand j'ai creusé le modèle Æther — la mutualisation des infrastructures de calcul à l'échelle européenne, les engagements contractuels sur la localisation des données, les mécanismes de gouvernance multi-États — j'ai compris que c'était structurellement différent. Ce n'est pas un énième label. C'est une tentative sérieuse de créer une offre de capacité GPU/NPU souveraine à l'échelle qui manquait jusqu'ici. Pour moi, DSI d'une ETI, ça change le calcul économique.


RiffLab : Justement, parlons budget. En quoi le modèle Æther modifie-t-il concrètement vos arbitrages IT ?

Le problème numéro un que j'avais avec l'IA générative, c'est que dès que je voulais aller au-delà des expérimentations, je tombais inévitablement sur les offres des acteurs américains. Et leur modèle de pricing est conçu pour vous faire monter en charge sans que vous voyiez venir la facture. On commence petit, les coûts semblent raisonnables, puis l'usage s'installe dans les processus métier, et là vous êtes captif. Renégocier devient presque impossible.

Avec Æther, la promesse — et je reste prudent sur ce mot — c'est une tarification prévisible sur des engagements pluriannuels, mutualisés entre organisations européennes. Ce n'est pas la gratuité, personne ne dit ça. Mais c'est un modèle où je ne finance pas la marge d'un hyperscaler américain dont les intérêts géopolitiques ne sont pas les miens. Budgétairement, ça libère une marge de manœuvre pour investir dans des compétences internes — et ça, c'est une valeur qui reste dans mon entreprise.


RiffLab : Vous parlez de captivité tarifaire. Pouvez-vous être plus précis sur le risque que vous percevez avec les acteurs américains dominants ?

Le risque est double, et il est sous-estimé par beaucoup de mes homologues. Le premier est purement commercial : les acteurs américains dominant le marché du cloud AI ont tous connu des révisions tarifaires significatives ces deux dernières années sur leurs offres managées. Quand vous avez intégré leurs APIs dans vos processus de production, vous ne pouvez pas basculer en quelques semaines. Vous payez.

Le second risque est réglementaire et politique. Nous ne sommes plus en 2018. Les décisions prises à Washington — sur le contrôle des exportations de composants, sur les injonctions faites aux entreprises technologiques américaines — ont des effets directs sur mes contrats cloud. Ce n'est pas de la paranoïa souverainiste, c'est de la gestion des risques basique. Si demain un acteur américain est contraint de restreindre l'accès à certains services pour des clients européens dans des secteurs sensibles, mon plan de continuité d'activité vaut quoi ? Æther répond précisément à cette question.


RiffLab : Les AI Gigafactories supposent des investissements massifs en infrastructure. Pour une PME ou une ETI, l'accès est-il réaliste ou cela reste-t-il réservé aux grands comptes ?

C'est la question légitime, et c'est celle que j'ai posée en premier. La réponse que j'ai obtenue — et que je vérifie concrètement — c'est que le modèle Æther intègre un mécanisme d'accès mutualisé. Vous n'achetez pas une Gigafactory, vous achetez de la capacité de calcul dans un pool partagé, avec des engagements de SLA adaptés à votre taille.

Ce qui change par rapport aux offres américaines, c'est la gouvernance. Dans un hyperscaler américain, vous êtes un client parmi des millions. Dans le modèle Æther, les organisations européennes participantes ont un droit de regard sur les priorités d'usage, sur les politiques tarifaires, sur les conditions d'évolution du service. C'est une différence fondamentale pour moi. Je ne suis plus un consommateur passif — je suis dans un écosystème dont je suis partiellement partie prenante. Pour une ETI, c'est un changement de posture réel.


RiffLab : Concrètement, quels cas d'usage vous ont convaincu de flécher une partie de votre budget vers les capacités Æther plutôt que vers les offres américaines existantes ?

J'en retiens deux qui sont directement liés à mes contraintes métier. Le premier, c'est le traitement de données contractuelles et de propriété intellectuelle. Nous avons des modèles de langage qui analysent nos contrats fournisseurs, nos brevets, nos données de R&D. Envoyer ça sur une infrastructure dont je ne maîtrise pas la localisation exacte et les conditions d'accès pour des tiers, c'est une prise de risque que mon directeur juridique ne valide plus depuis 2025. Sur infrastructure Æther certifiée, ce cas d'usage est déblocable. La valeur budgétaire de ce déblocage est réelle — j'évite des coûts de conformité et des prises de risque légales.

Le second, c'est l'entraînement de modèles spécialisés sur mes données métier. Jusqu'ici, pour avoir de la capacité GPU suffisante, j'étais obligé de passer par les acteurs américains ou de renoncer. Æther me donne une troisième voie. Et cette voie, je peux la défendre en comité de direction sans avoir à expliquer pourquoi mes données de production partent aux États-Unis.


RiffLab : Quels sont vos points de vigilance pour les DSI qui envisagent de s'appuyer sur Æther dans leur stratégie IT ?

Trois points, dans l'ordre de leur importance pratique.

Premier point : vérifiez les certifications et les audits tiers. Le label 'souverain' s'est beaucoup dévoyé ces dernières années. Æther revendique une gouvernance européenne — exigez les preuves contractuelles et les rapports d'audit indépendants. Ne prenez pas la communication au pied de la lettre.

Deuxième point : anticipez la montée en compétences. Une infrastructure souveraine ne vous dispense pas d'avoir des compétences internes ou partenaires pour en tirer parti. Si vous basculez vers Æther en pensant que c'est aussi clé en main qu'un service managé américain, vous serez déçu — et c'est normal. La souveraineté a un coût en expertise qui doit être intégré dans votre business case.

Troisième point : ne raisonnez pas en tout ou rien. Æther n'est pas encore en mesure de couvrir l'intégralité de vos besoins cloud et IA. La stratégie que je déploie, c'est une migration progressive des workloads les plus sensibles, en parallèle d'une réduction contrôlée de la dépendance aux acteurs américains. L'objectif n'est pas d'être héroïque — c'est d'être moins vulnérable à chaque cycle budgétaire. Et sur ce critère-là, Æther est aujourd'hui la meilleure opportunité structurelle que j'aie vue depuis longtemps.


*Cet entretien a été réalisé avec un DSI d'ETI industrielle européenne. Son identité est préservée à sa demande.*

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